🍭Amour confiné (con fini)

Pas de commentaire

Chère Suzanne,

// EN CHANTIER //

Notre appartement de la Place des Bons Enfants me hante. Tout comme mon ancien appartement du Parc. Je rêve toujours de mon petit poêle à pellets rouge, pèce maîtresse de l’espace minimaliste d’un sous-pente lumineux et immaculé. Du bois : en poutres, en portes qui grincent, en parquet qui craque, en rainures qui entailles, en chaleur naturelle. Mon nid. Mon confort. J’avais réussi à y poser quelques briques éparses, bribes de conscience de moi-même, illusions de stabilité. Je commençais à peine à me sentir chez moi. Mes routines égocentriques s’ancraient lentement mais sûrement, dans un confort tout célibataire. Dans l’appartement du Parc : Le rythme y était doux. La vue y était belle. L’atmosphère y était paisible. Je m’y reconstruisais d’une précédente rupture handicapante. J’avais des choses à prouver. Je me disais que l’amour devait être libre ou ne pas être. Je me redécouvrais des plaisirs égoïstes. Je me pardonnais d’être humainement imparfaite ou imparfaitement humaine.

Un matin où je le conduisais au travail, « Délit » d’Amel Bent est passé dans mes Titres likés sur Spotify. Il m’a regardé d’un regard mi-tendre, mi-moqueur en m’admirant donner tout mon cœur sur le refrain, d’un timbre matinal bien enroué. J’ai eu droit, pour tout commentaire, à un : « Ah ouais, tout ça toi ! »

Tu sais Suzanne, encore maintenant, ils disent que je suis incapable d’être une adulte raisonnable et que je joue de tout. C’est parce que la création, tu sais – j’en peux rien ! – je la respire sans jamais me soucier du pire! Et parfois, et bien oui – je me fous, de tout. Je n’ai plus rien à perdre. Voilà pourquoi je préfère tout miser sur mon blog. Je n’ai pas d’autre choix car moi, quand je ne rêve pas Suzanne, je suis comme prisonnière, perdue dans cet univers – un peu trop grand pour moi. Je n’ai plus de repères et je me sens seule sur terre! Donc, s’il vous plaît, ne me réveillez pas. Ils disent que mon art c’est du vent, que je me conduis comme une enfant, que je fuis la vrai vie. Ils disent que ma passion m’aveugle et qu’un jour je finirai seule avec mes souvenirs. Mais, tu sais Suzanne, si rêver est un délit et bien qu’ils m’arrêtent sur-le-champ! Car je risque d’être multirécidiviste, préviens le Docteur!

// EN CHANTIER //

L’appartement du Parc a abrité nos premiers amours clandestins, nos folies les plus intimes – Que le poêle à pellets en témoigne ! -, nos nuits les plus longues, nos confessions nocturnes les plus révélatrices.

Well, I found a man stronger than anyone I know
He shares my dreams, I hope that someday we’ll share a home
I found a love to carry more than just my secrets
To carry love, to carry children of our own
We are still kids, but we’re so in love
Fightin’ against all odds
I know we’ll be alright this time
Darling, just hold my hand

Je me rappelle d’un soir. Je pense que ce devait être la nuit du Nouvel An 2020. Fraîchement en couple, nous avions décidé de passer le réveillon en amoureux et de se mettre « en Luxe » : Carpaccio de vachette maturée, Magret de canard, et même si on avait plus de place pour le dessert on a quand même bu le vin qui était prévu! Il était assis dans mon fauteuil en rotin, pensif. Nous venions de nous accrocher gentiment car il avait fumé une clope par ma fenêtre alors que je lui avais strictement interdit. Non mais ! Petit con ! Je l’ai rejoins, me suis assise sur ses genoux et lui ai demandé si tout allait bien. Il m’a juste dit : « Ã‰coute ».

Depuis le temps qu’il patientait dans cette chambre noire. Il entendait qu’on s’amusait et qu’on chantait au bout du couloir. Quelqu’un a touché le verrou et il a plongé vers le grand jour. Alors il a vu des fanfares, des barrières et des gens autour. Dans les premiers moments, il a cru qu’il fallait seulement se défendre mais cette place est sans issue, il a vite commence à comprendre. Ils ont refermé derrière Lui. Ils ont eu peur qu’il recule. Il allait bien finir par l’avoir, cette danseuse ridicule. Est-ce que ce monde est sérieux? Andalousie, je me souviens, les prairies bordées de cactus. Il n’allait pas trembler devant ce pantin, ce minus! Il allait l’attraper, lui et son chapeau et les faire tourner comme un soleil! Ce soir-là, la femme du torero dormirait sur ses deux oreilles. Est-ce que ce monde est sérieux? Il en a poursuivi des fantômes, presque touché leurs ballerines. Ils ont frappé fort dans son cou pour qu’il s’incline. Ils sortaient d’où ces acrobates avec leurs costumes de papier?
Il avait jamais appris à se battre contre des poupées. Sentir le sable sous ma tête, c’est fou comme ça lui aurait fait du bien.
Peut-être priait-il déjà pour que tout s’arrête? Andalousie, je me souviens. Je les entends rire comme je râle et je les vois danser comme je succombe. Je pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe. Est-ce que ce monde est sérieux?

Il bricolait bien. Il savait tout faire de ses dix doigts ! C’était magique ! Lorsqu’il squattait mon appartement du Parc, il avait eu l’idée d’adapter un meuble qu’il avait construit avec son père afin qu’on puisse geeker tranquillement au lit pendant que la nation entière s’entretuait dans l’inénarrable Guerre du PQ (prémices covidaires). Ni une, ni deux, il avait débarqué avec une visseuse et toute le matos du parfait bricoleur. C’était tellement bon et rassurant, la capacité d’action qu’avait ce type, d’aucun y verront par erreur uniquement de l’impulsivité. Mais, moi, je le trouvais incroyable quand il avait une idée derrière la tête! Sa force se réalisation me laisse encore rêveuse et, amoureuse, évidemment. Il la brandissait avec tellement d’aisance, allongé sur son dos, postillonné de sciure de bois, que je n’ai pas pu m’empêcher de rythmer ses efforts avec « Satisfaction » de Beny Benassi. Il m’a traité de con. Sourire.

L’Astre de Trèfles qui piqua mon Cœur

Il ne serait pas juste d’attribuer à l’appartement de la Place de Bons Enfants, nos plus belles disputes. Déjà avant, dès le début, nos disputes pouvaient revêtir un caractère épique. Il avait l’art de s’enfermer. Combien de fois ai-je tambouriné, à genoux, en larmes, au pied de ses portes closes? Combien de verres se sont brisés sur le sol? Combien de temps m’en voudrais-je encore d’avoir un jour pu gifler, une fois, ce visage que j’aimais tant?

Il était l’As de Trèfle qui a piqué mon cœur. Overdose de douceur. On jouait comme des enfants. On s’aimait, un peu, beaucoup, à la folie, passionnément. Mais à la suite de douloureuses déception sentimentale, d’humeur chaleureuse, il devenait brutal (« Caroline » – MC Solaar)

On the first page of our story, the future seemed so bright. Then this thing turned out so evil – I don’t know why I’m still surprised. Even angels have their wicked schemes and we take that to new extremes. But he’ll always be my hero. Even though he lost his mind. Now there’s gravel in our voices. Glass is shattered from the fight. In this tug of war he’ll always win, even when I’m right. ‘Cause he fed me fables from his head with violent words and empty threats. And it’s sick that all these battles are what keeps me satisfied. So maybe I’m a masochist. I tried to run but I didn’t wanna ever leave, till the walls are goin’up in smoke 🚬 with all our memories… ☁ (« Love the way you lie (Part 2) » – Rihanna).

[And KVS said :]
This morning, you wake, a sun ray hits your face🌞
Smeared makeup as we lay in the wake of destruction
Hush baby, speak softly 💨, tell me I’ll be sorry
That you pushed me into the coffee table last night
So I can push you off me
Try and touch me so I can scream at you not to touch me
Run out the room and I’ll follow you like a lost puppy 🐕
Baby💔, without you, I’m nothing, I’m so lost, hug me
Then tell me how ugly I am but that you’ll always love me
Then after that, shove me, in the aftermath of the
Destructive path that we’re on, two
psychopaths but we
Know that no matter how many knives🗡we put in each other’s backs
That we’ll have each others backs ’cause we’re that lucky
Together, we move mountains ⛰
Let’s not make mountains out of molehills
You hit me twice, yeah, but who’s countin’?
I may have hit you three times, I’m startin’ to lose count
But together, we’ll live forever, we found the youth fountain
Our love is crazy,💥 we’re nuts but I refused counsellin’
This house is too huge, if you move out I’ll burn all two thousand
Square feet of it to the ground, ain’t shit you can do about it
With you I’m in my fuckin’ mind, without you, I’m out it

(« Love the way you lie (Part 2) » – Eminem)

Just gonna stand there and watch me burn
But that’s all right because I like the way it hurts
Just stand there and hear me cry
But that’s all right because I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied

Je repense à nous, à nos cornets vanille, à notre boulimie de fraises, de framboises, de myrtilles, à nos délire futiles, à notre style de pacotille. Il était l’homme qui tombait à pic pour prendre mon cœur. J’aurais dû me tenir à carreau. Merde. Une pyramide de baisers, une tempête d’amitié, une vague de caresse, un cyclone de douceur, un océan de pensée, – tu sais, Suzanne – je lui ai offert un BUILDING de tendresse 🌸. Pyromane de mon cœur, canadair de mes frayeurs, il m’a offert, une symphonie de couleurs 🎨. Et pourtant, il est parti, maso, avec Elle. Quand je les imaginais, main dans la main, fumant le même mégot, je sentais un pincement dans mon cœur mais n’osais dire un mot. C’est pourquoi la Diva Tuberculeuse prend le micro pour te parler d’un ami qu’on appelait Hester. Il était ma came. Il était ma vitamine. Il était ma drogue, ma dope, ma coke, mon crack, mon amphétamine, Hester. Pour lui, faut-il l’admettre, mes larmes ont coulées. Hémorragie oculaire, vive notre amitié! Du passé, du présent, je l’espère du futur, il est définitivement passé pour être présent dans mon futur.

La vie est un jeu de carte, Paris un casino, et il excellait beaucoup trop au Poker pour ne pas tout miser sur la fin. Si seulement, il avait juste pu bluffer, une dernière fois. Putain.

Parfois une cage électrisée anxiogène, parfois un cocon délicieusement intimiste, notre appartement de la Place des Bons Enfants fut une expérience de confinement inédite et exceptionnelle. N’y a-t-il eu que nous d’assez fous pour louer un appartement le temps de notre courte histoire passionnelle, passionnée et passionnante? Un nid d’amour nécessaire pour se préparer au mieux à affronter une crise sanitaire dont on ne subissait alors que les balbutiements paralysants. Une évidence, au milieu de ce monde à l’arrêt. Une pulsion, au milieu de mesures restrictives s’acharnant à attacher nos ailes à coups d’Éditions Spéciales alarmistes. Une victoire. S’il fallait un seul mot pour qualifier ce lieu, j’emploierais avant tout et surtout le mot victoire. Notre première victoire !

Dans un premier temps, nous avons pris le début du confinement comme une bonne occasion de s’octroyer des vacances à domicile. On était jeunes, créatifs, sans enfants, amoureux, plein de projets à rêver, ça allait passer crèèème. On s’était même moqué gentiment de l’angoisse de sa mère, hypnotisée et fidèle au poste devant le JT, tous les soirs. Je me souviens du jour où j’ai entendu parler pour la première fois du Coronavirus. C’était au sortir d’une séance de ciné (« 1917″, Sam Mendes). Kvs, le nez sur son écran, s’était esclaffé « Y a les Chinois qui sont tous en train de se faire buter par un Coronavirus – C’est marrant comme nom, non? – Ca y est, la guerre bactériologique est enfin lancée, ça va faire du taf (Gnark, Gnark*) ! De tout façon, y en a trop des faces de citron ! (Il m’embrasse sur le front) Pas vrai, Lucky Cat**! 😉 » J’ai ri. Et même pas jaune. J’ai ri de toutes mes incisives de rongeur, mes yeux indubitablement asiatiques plissés de rire – « comme des kikines de poupousse » selon l’expression belge consacrée – déjà une larme au coin de l’œil. Une larme de rire. Insouciante. Ignorante – ou feignant d’ignorer – l’épidémie mondiale à venir. Ce confinement allait être drôle. Aïe.

** »Lucky Cat « : Veinard depuis quelques jours au poker en ligne, il avait trouvé drôle de m’attribuer ce surnom affectueux.

// EN CHANTIER //

Certains jours, il nous arrivait d’errer comme deux âmes en peine : Lui, victime de son immobilisme forcé, Moi, impuissante face à sa victimisation. Nous avons fait de notre mieux pour accorder harmonieusement nos blessures communes. Mais la rapidité ne cicatrise jamais bien. Quand j’y repense, elles s’aimaient assez pour cohabiter mais n’étaient sous doute pas assez pansées pour soutenir ce rythme de premier confinement covidaire de 24h/24, 7j/7.

// EN CHANTIER //

🍭🍭🍭

Je te souhaite, Ma Suzanne, une merveilleuse journée,

La diva tuberculeuse.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s