🍭Le déluge

Pas de commentaire

Chère Suzanne,

Liege 15.07.2021

Voilà un moment que je ne t’ai écris chère Suzanne. Je n’ai pas ressenti le besoin de te donner des nouvelles. Je n’ai pas pris la peine de prendre des tiennes. Je m’en excuse. Après tout, peut-être que tu ne vas pas bien de ton côté? Je te partage ma peine, ma douleur, ma colère la plus noire et te parle de Lui, de moi, de nous. Et toi dans tout ça?

Un véritable déluge s’est abattu sur le Monde, encore en gueule de bois d’une crise sanitaire dont il peine à se détoxifier. Les villes du coin affichent de sales airs post-apocalyptiques. Les humains sont là, hébétés mais solidaires. Toujours pas de violente révolte. Après tout, cela va bientôt faire deux ans qu’ils ont appris à se laisser porter par le flot des décisions d’un gouvernement à la dérive. Donc moi dans tout ça, je me laisse voguer avec mon vague à l’âme. Je me dis que ça sent la Fin d’une espèce, le Début des catastrophes, et qu’il n’est plus là pour me protéger. Tant pis. Je profite de mon mieux des flaques claires dans la marée noire et me débats tant que je peux pour ne pas tomber dans la vidange vorace.

On dirait que les bottes en caoutchouc sont tendances cette saison en Belgique. Elles se portent même en cuissardes les jours de sauvetage. Elles marchent au pas. Vertes, d’aucunes arborent parfois un motif à vergetures boueuses. Elles vous permettront de traverser le fleuve pandémique dans des conditions de confort optimales. Et merde. Si c’est le seul plaisir confortable à trouver en eaux troubles, alors oui, je ressortirai mes bottes en caoutchouc.

En Vérité – quand je vois le déluge mondial – ce qui me touche le plus c’est la destruction de notre plage de galets ; c’est l’inondation de la maison qui nous plaisait tant mais que nous n’aurions jamais pu nous offrir ; c’est le terrain inondable qu’il envisageait d’acheter affichant le verdict « Trop tard » (« Vendu » aurait été trop banal, tu comprends Suzy?). Il ne manquait plus que ça. Une nouvelle purge de lieux, d’images, de refuges susceptibles de le rappeler à moi. Une peu plus, un peu moins, je commence à m’habituer à devoir reconstruire sans Lui. Comme à sa mort, je suis spectatrice de la destructions du peu qui rendait encore notre histoire tangible, concrète. Quand il est parti, mon Monde s’est effondré. Ce désastre ne fait qu’illustrer la Vie comme je la concevais déjà depuis plusieurs mois.

Certains matins, il m’est plaisant de me draper de nos souvenirs telle la brume dans la vallée. Pendant un instant, je me laisse aller à rêver l’exceptionnel, le banal. J’imagine l’avenir que nous aurions pu avoir, dans une fantasmagorie éphémère. Je m’abandonne au son de sa voix silencieuse, à la sécurité de ses bras déserteurs, à sa folie éteinte. J’en resterai là. Après tout, moi, j’ai les pieds secs et, lui, est toujours six pieds sous terre.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chère Suzanne, un mois d’août moins pluvieux,

🎀La Diva Tuberculeuse

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