Auteur : divatuberculeuse

🎹 Ciel, mon Skyblog !

Cher Antoine,

Au cours des dĂ©marches introspectives qui m’animent prĂ©sentement, je suis retombĂ©e mon Skyblog.
Nous en reparlerons peut-ĂȘtre plus en dĂ©tails une prochaine fois.
Ou peut-ĂȘtre avec Suzanne.

Parmi le panel de potinsXD et pétasseries (lol), je suis tombé sur un texte de ma plume.
Alors, Antoine, je te demande encore ton avis :
Ma discussion sauvage avec Dame Mort,
De quand date-t-elle?
D’hier? D’aujourd’hui?

J’hume tout de mĂȘme un soupçon de prĂ©misses tragiques.
Pas toi?

À 16 ans, j’Ă©crivais :

« Ă€ mes heures perdues, je laisse mon Ăąme et mes idĂ©es s’envoler aux confins de l’humanitĂ©. À une Ă©poque oĂč la magie Ă©tait omniprĂ©sente dans les esprits. Ce soir, regardant les derniers rayons de l’astre disparaĂźtre en des contrĂ©es lointaines, j’en suis venue Ă  en vouloir Ă  la Science. Je hais toutes ces Grandes DĂ©couvertes s’Ă©poumonant Ă  soi-disant prouver par A plus B les « vĂ©ritables causes » des choses. À elles seules, elles ont Ă©rodĂ© les rĂȘves des Hommes. Peut-ĂȘtre ces derniers ont-ils seulement besoin de croire en quelque chose? Histoire de Survivre Ă  cette implacable Vie, Ă  ce monde sans fin, Ă  cette sociĂ©tĂ© hermĂ©tique et asphyxiante.

Une rose. D’aucuns qualifierons cette fleur đŸŒč avec un seul et pauvre mot : « Rose ». Pour ma part, je m’autoriserai un coup de Folie ! Je la dĂ©finirais comme une fleur d’enivrement et d’Ă©vasion des sens. ReprĂ©sentation de la passion immortelle, la Rose, de ses Ă©pines acĂ©rĂ©es comme des fuseaux, pourrait-elle – d’une seule et infime piqĂ»re – purger les blessures purulentes. Je vous entends dĂ©jĂ  me dire : « Pourquoi faire simple… ? » 😁

Et si je vous rĂ©pondais que je crois aux astres, aux fĂ©es, aux sorciĂšres, aux anges gardiens et au chat noir? Plus encore, si je vous disais que je crois en une force dĂ©miurge, en une Ă©nergie primordiale aux polaritĂ©s diverses et variĂ©es. J’irais mĂȘme plus loin! Je crois au Destin. Mais je ne l’attends pas. Non. Je ne l’attends plus. Enfin – croyez-le ou non – j’ai foi en la rĂ©incarnation des Ăąmes. Ma propre Ăąme, Ă  travers d’autres vies, pourrait-elle encore se perfectionner et gagner en sagesse? AĂŻe.

J’ignore qui je suis. Je ne me sais pas. Je me ressens uniquement. Mes rĂȘveries font office de refuge solitaire me permettant quotidiennement de me confronter Ă  vous. Telle une oasis, elles me redonnent la force de continuer, de me battre et d’enjoliver mon Ăąme.

On me traite de folle, d’Ă©sotĂ©rique ou d’hallucinĂ©e? Attendez voir !

Je n’ai pas peur de la mort. Elle viendra m’emporter. Peut-ĂȘtre tĂŽt. Peut-ĂȘtre tard. Et, lorsque le jour sera venu, j’espĂšre lui sourire et la suivre en me souvenant que je n’ai pas vĂ©cu une vie vaine.

Avec le temps, cette part mystique qui m’habite (ma bite, lol) pourrait s’attĂ©nuer. Mais, resteront toujours gravĂ©es en moi cette envie d’Ă©vasion et cette foi en des temps oĂč le monde Ă©tait – sinon meilleur – plus magique. Et merde ! Et si j’ai envie de croire en un univers parallĂšle oĂč la magie existe? Pourquoi pas.

Je ne cherche pas le jardin d’Eden, plutĂŽt les sources de sa beautĂ©. J’imagine un univers Ă  la fois lumineux et malĂ©fique. J’y assisterais, Ă©bahie, Ă  la Fin de tout. J’admirerais le bien et le mal se lancer dans la bataille finale avec, en arriĂšre-plan, un ciel zĂ©brĂ© de rouge et de blanc. De mythologie vĂȘtus, les Ă©lĂ©ments seraient poussĂ©s Ă  leur paroxysme et les sentiments intensĂ©ment fusionnels. Impuissante, je me laisserais emporter dans une anarchie totale oĂč la symbiose des extrĂȘmes alimenterait Ă  la fois le Rire et les Larmes.

A prĂ©sent, je me raccroche au passĂ© pour mieux assurer l’avenir.
Pourquoi faire simple ?! »

🎹🎹🎹

Je te souhaite, chez Antoine, une agréable fin de Juin,

La Diva Tuberculeuse🎀

🎹 KVS.

Cher Antoine,

// EN CHANTIER //

La brume recouvre la ville en ce dimanche pluvieux
Il est temps de vanter mon héros valeureux
DĂ©chirer la pudeur de mon voile amoureux
Qui sait, peut-ĂȘtre que mes mots monteront jusqu’aux cieux ?

Et d’une subjectivitĂ© presque fanatique
Je dresserai un portrait parfois peu catholique
Folle, j’invoquerai son fantĂŽme et sa musique
Pour te narrer Ă  quel point KVS. Ă©tait magique

Test : Testament Testimonial đŸ”„

Fuck la Terre, dans Ma tĂȘte, voici Son testament :


DĂ©posez des cendres dans la bouche de tous ses opposants. Virez Ă  coups d’front kicks les faux qui viennent se recueillir ! Juste des fleurs et des gosses … que sa mort serve leur avenir đŸŒ» Peut-ĂȘtre comprendront-ils le sens du sacrifice? La diffĂ©rence entre les valeurs et puis l’artifice? Il sait qui pleurera et pourquoi. Vous ĂȘtes les bienvenus, y aura pas de parvenus. Juste des gens de la rue. Son cercueil blanc n’aura que du kaki et des artistes ratĂ©s. Des costumes mal taillĂ©s, mĂȘme si les mecs voulaient bien s’habiller.

Ci-gĂźt KVS., KĂ©vins autrement dit.
Un p’tit qui a voulu que la vie d’autrui soit comme une poĂ©sie.

Et surtout va pas croire qu’y a eu dix milles filles (Il dit ça pour sa famille).
S’il n’Ă©tait pas parti en vrille…
On lui jette de la terre, on dĂ©pose quelques fleurs đŸŒč

Seul, sous son saule pleureur,
KĂ©vins pleure,

Il est l’heure. Son Ăąme monte. Il nous voit en contre-plongĂ©e. C’est ceux qui sont dĂ©jĂ  partis qu’il s’en va retrouver. Ne vous inquiĂ©tez pas, non, il part pour le paradis – pas pour parader mais professer la septiĂšme prophĂ©tie ✹Il a tenu tĂȘte aux maĂźtres, aux prĂȘtres, aux traĂźtres, aux faux-culs sans cortex qui dansent encore le funky jerk ! Si c’est toi, courbe-toi, marche, profil bas et tais-toi ! Recherche une aura sinon va, tiens et gomme-toi !

Excusez pour le mal qu’il a pu faire, il est involontaire đŸ€·â€â™‚ïž Il Ă©tait mercenaire, plutĂŽt que missionnaire. Il regrette et – pour ĂȘtre honnĂȘte – il souhaite que Dieu le fouette. Dieu tu es la Lettre, il faut que l’on te respecte. Archange, comprend-le au nom du PĂšre, certains le trouvent exceptionnel mais il a pas fait l’Ă©lĂ©mentaire !

[Mon mic pleure, ma feuille pleure, mon bic pleure.]

Et sous le saule pleureur,
KĂ©vins pleure,

Il est au paradis. Il sillonne les plaines Ă  la recherche de resquilleurs dans le jardin d’Eden. Il a contrĂŽlĂ© les anges. Pas de haine et pas d’ennemis sinon, il a l’canif et inaugure le meurtre au paradis. Il a jouĂ© au maigrelet chaque fois que l’on l’a provoquĂ©.
Contemplatif et ordonné, il a pardonné sans pardonner.

Mais il n’Ă©tait pas un hĂ©ros.
Juste un mec fait d’os et d’eau.
Maintenant il n’est qu’une Ăąme qui plane, perdue, un quiproquo.

Eden Exterminator, Ange exterminateur, Videur matador du divin examinateur l’assure que c’est par mĂ©prise qu’il trippe avec les anges et l’envoie aussitĂŽt vers les flammes et puis la fange : 501+165, 111×6, le code barre de l’AntĂ©christ. Il voit des porcs et des sangliers ; le feu et le sang liĂ©s. Il prie. Il a peur. Satan rit !

KĂ©vins pleure,

Non! Pourquoi Lui? C’est une erreur ! Gardez-le, il est noble de cƓur 💖ArrĂȘtez la chaleur, il crache sur BelzĂ©buth. Il gardera la foi et puis son uppercut đŸ„‹Pourquoi ce blĂąme? Pourquoi ces flammes? Pourquoi ce torrĂ©facteur qui le crame? Cet Ăąne de Sheitan ☣ plane sur son Ăąme. S’il vit par le feu, il pĂ©rira par la corde, Ô damned. Du lac Lancelot, double A du graal, Rabbin, prĂȘtre, imam, priez, please Salam. Pourquoi TOI? Pourquoi ce karma? Bah. Il a portĂ© sa voix jusqu’Ă  la main de Fatima.

Il est comme un gladiateur desperado🗡EnvoyĂ© en enfer pour une mission commando ! Lucifer, ne vois-tu pas que Dieu est fort? S’ils sont tous soudĂ©s, ils t’enverront toucher la mort !

KĂ©vins pleure, ses larmes đŸ©ž Ă©teignent les flammes, libĂšrent les Ăąmes, font renaitre Abraham. Le diable est Ă  l’agonie. Ils unissent leurs forces : Bouddha, Grand Architecte, ThĂ©rĂšsa, bombez le torse! Priez, aidez-le ! 👿 Il chancelle, il boĂźte, il se consume, il fume, il n’a plus qu’une patte. Il voit qu’il souffre. Il voit qu’il hurle. Il a crĂ©Ă© le mal et c’est le mal qui le brĂ»le. Le bien pĂ©nĂštre chez la bĂȘte de l’Apocalypse, comme poussĂ© par une hĂ©lice pour que son aura s’Ă©clipse. RaĂ«l, EzĂ©chiel, avec la lumiĂšre combattre le mal suprĂȘme. Le mal hurle, il l’entend hurler. Des fleurs poussent, el diablo est carbonisĂ©. Il implose, il explose 🧹et de l’antimatiĂšre jaillissent des ecchymoses.

Satan est mort, le bien reprend vie. À quand la terre comme nouveau paradis?
Je ne sais plus que faire. Je ne sais plus quoi faire. L’enfer est sur Terre et qui la gĂšre?

KĂ©vins pleure.

Donc, tu vois Antoine, des larmes, mon héros en a versées
P’t-ĂȘtre mĂȘme qu’il en verse toujours, perdu, exilĂ©
J’voulais utiliser les mots de Claude MC car c’Ă©tait sa piste pref’
Du coup, j’me suis dit qu’pour parler de lui ça serait une bonne rĂ©f’
Un putain de militaire qui chiale, t’imagine?
Et pourtant, moi j’aurais brĂ»lĂ© tout ce qui le chagrine
Maintenant il est lĂ -haut, Inch’Allah
Et j’ai plus qu’Ă  Ă©crire son histoire. VoilĂ .

// EN CHANTIER //


🎹🎹🎹

Je te souhaite, cher Antoine, une agréable dimanche,

La Diva Tuberculeuse 🎀

🎀Le jean

Cher V.,

Le jean.

Ouais, j’sais bien que tu t’en tapes. Mais j’me demandais quand mĂȘme comment te dire que ta remarque sur l’odeur de mes fringues hier soir m’a blessĂ©e gentiment. Je me suis sentie sale, fautive et coupable.

Et comment te dire que oui, je puais hier. Pas de ma transpiration. Pas de mon body. Mais de mon jean. C’est pour ça que je te l’ai donnĂ© en mĂȘme temps Ă  laver. Ce jean, c’est mon favori.

Comment te dire que depuis le mois d’octobre je peine Ă  faire mon mĂ©nage, mon linge, Ă  me laver au dĂ©but et encore parfois maintenant, Ă  me lever (sans KVS.)? Tu sais, pendant des mois, je suis restĂ©e 20h/24 allongĂ©e sur le canapĂ© kaki de mon salon Ă  contempler la fissure du plafond. Askip ça serait une maladie : la dĂ©pression.

Alors oui, V., je suis dĂ©solĂ©, mon jean prĂ©fĂ©rĂ© puait. Car, encore maintenant, je ne parviens pas Ă  m’occuper de mon linge. Je lave les sous-vĂȘtements et quelques pantalons. Le reste, je le recycle. Je le rĂ©anime avec un peu de parfum. C’est le mieux que je puisse faire. Actuellement. Il n’en a pas toujours Ă©tĂ© ainsi. Ça reviendra forcĂ©ment. BientĂŽt.

Comment te dire que moi aussi, je l’ai senti cet odeur croupie d’un vĂȘtement mouillĂ© ayant sĂ©chĂ© en boule parce que j’avais la flemme de le pendre? Je ne voulais pas assister Ă  la pendaison d’un autre de mes favoris, tu comprends?

Je l’ai enfilĂ©. Alors que je savais qu’il puait. Alors que je savais qu’il Ă©tait chiffonnĂ©. Mais, en cette journĂ©e importante pour moi, j’ai cru que mon favori allait me porter chance. J’aurais vraiment du le laver. Mais je ne l’ai pas fait. ParalysĂ©e par la vision d’un jean pendu.

Je te souhaite, V., une agréable journée,

La Diva Tuberculeuse🎀

🍭 Le CafĂ© Saga

🍭Le CafĂ© Saga

ChĂšre Suzanne,

Ce matin, je suis retournĂ©e Ă  LiĂšge. Le jeudi matin, c’est toujours le jour des livraisons. Avec les travaux multiples et cette ambiance de timide dĂ©confinement, j’ai slalomĂ© au mieux pour trouver une place gratuite – bĂ©nie des dieux. Cette mĂȘme place, le long de la mĂȘme trĂ©mie.

C’est lĂ  que l’immersion dĂ©bute. À chaque fois. Je traverse ce Pont que j’ai tant de fois empruntĂ© le pas lĂ©ger et le cƓur emballĂ© Ă  l’idĂ©e de partager un moment avec KVS. Quelques heures volĂ©es, ensemble, Ă  la terrasse du Saga. À l’abri de la fumĂ©e de ses Camel, nos Ă©motions se camouflaient dans des piscines de Gros Mansen. Un plat vite commandĂ©, les jours de paye.

Le vent soufflait fort lors de la traversĂ©e fluviale. Il s’immisçait par le moindre interstice de ma veste. Piquant. Abrasif. Violent de luciditĂ©. Il faut le traverser seule maintenant ce pont, Philippe. Un espoir tĂ©nu me pousse Ă  avancer : il m’attendra. Il me l’a promis.

ArrivĂ©e devant le Saga, la terrasse est dĂ©serte. J’ai contemplĂ© le vide. Deux secondes. Trois. Je nous ai revu. Quatre. Son sourire. Cinq. Ses cheveux. Six. Un roux de la mĂȘme flamboyance traverse le passage cloutĂ©.Nos promesses et nos incertitudes s’étaient gravĂ©es dans cet endroit. Je me laissais traverser, quelque peu paralysĂ©e par cette vague de souvenirs.

Nous y avions cĂ©lĂ©brĂ© notre victoire : la signature du bail de l’appartement de la Place des Bons Enfants. Il y avait fait semblant de travailler – Ă©tudiant d’un air nĂ©gligĂ© une formation d’Aid Med pour laquelle il s’était portĂ© volontaire Ă  La DĂ©fense. Je l’avais rejoint aprĂšs un concert Ă  l’Orchestre Philarmonique Royal de LiĂšge. Il Ă©tait beau. EmmitouflĂ© dans sa grosse veste bleue, il m’attendait avec l’impatience d’un enfant Ă  NoĂ«l. La promesse d’une nuit volĂ©e dans les yeux.

Le CafĂ© Saga. Autant le Far West fut le bar de nombre de nos rencontres imprĂ©vues, noyĂ©es dans la foule, la musique, l’alcool (et tout ce qui fait planer) autant le Saga ne regardait que nous. Rien que nous. C’est dans doute pour cette raison que, le lundi 5 octobre, je lui ai envoyĂ© ce clin d’Ɠil, cette photo pleine de nostalgie alors qu’il n’était dĂ©jĂ  plus, je l’ignorais, Alors qu’on me cachait sa mort, je voulais juste lui dire – qu’il sache – que je l’aime. MĂȘme de loin. MĂȘme s’il est avec Elle. Je savais qu’il n’allait pas bien. Une semaine plus tĂŽt, il m’avait appelĂ©.

Quel boost, quelle inspiration, quel soulagement d’entendre Ă  nouveau sa voix aprĂšs des semaines de silence mi-respectueux mi-rancunier. Durant cet appel, nous nous sommes encouragĂ©s mutuellement Ă  persĂ©vĂ©rer dans nos projets, Ă  ĂȘtre heureux : avec ou sans Elle. Je lui avais dit de penser Ă  Lui et d’essayer de se retrouver et se reconstruire. Je lui avais promis de faire de mĂȘme. Et enfin, il me l’avait dit – de lui-mĂȘme. Silence.

– « Oui, je sais. »

Silence pesant. Ému. Quelques larmes.

– « Moi aussi, je t’aime toujours KĂ©vins. »

– « Je t’aime Sarah », m’avait-il rĂ©pondu au rythme de ses larmes. Il Ă©tait malheureux. Je l’entendais. Je l’écoutais. Il l’aimait aussi, Ă©videmment. Je souffrais.

– « Il faut que tu gardes le meilleur de Notre Histoire. Ce n’est pas toi qui me manque. C’est la Force qu’on crĂ©ait quand on Ă©tait ensemble, toi et moi. Souviens-toi, on a passĂ© des putains de bons moments! »

– « Pour moi, c’était plus que des bons moments Sarah. »

Au moins, il est parti avec ça : la certitude qu’il m’aimait toujours et la valeur de nos jolis souvenirs. Bel euphĂ©misme.

Je donnerais ma fortune pour rĂ©cupĂ©rer ce dernier appel WhatsApp. J’offrirais ce qu’il me reste d’ñme pour rĂ©entendre un seul des derniers mots qu’il m’a adressĂ©s.

Le Saga était fermé.

Je me suis finalement assise Ă  la terrasse d’un bar adjacent en tentant de trouver un goĂ»t au cafĂ© tournant dans ma tasse. Mon esprit s’égarait dĂ©jĂ  vers d’autres lieux douloureux Ă  portĂ©e de mon regard. Une pompe Ă  essence oĂč il m’avait offert une glace pour me remonter le moral le jour du dĂ©mĂ©nagement. Une autre terrasse, plus loin, oĂč nous avions partagĂ© un moment Ă©trange avec mes collĂšgues. C’était au mois de juin. Il y a moins d’un an. Nous n’arborions dĂ©jĂ  plus l’étiquette du couple mais nous Ă©tions ensemble. Comment aurait-il pu en ĂȘtre autrement?

La ronde de souvenirs reprenait, aĂŻe, et mon cafĂ© refroidissait Ă  vue d’Ɠil.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chĂšre Suzanne, un excellent jeudi,

La Diva Tuberculeuse🎀.

🎹Dis, Lomepal? Est-ce que tu l’as senti?

Cher Antoine,

Merde, Antoine, est-ce que tu l’as senti?

5H. Une centaine de tours de soleil, ça passe vite, hein mon vieux? En plus, c’est dur de voir son blase vivre, hein mon vieux? Il est 5h, Herstal s’Ă©veille : Kvs. đŸȘ‚ allume une trompette sur une nuit triste [Est-ce que tu le sens?]. Suffit d’oublier les angoisses qui font des barrages. L’alcool les fait fuir. Bon dĂ©barras. Il est seul Ă  faire la fĂȘte quand il se fait tard ✹ LĂ  oĂč le prĂ©sent peut se diviser en une dizaine de futurs [Est-ce que tu le sens?]. En vadrouille jusqu’Ă  l’infini. Chaque jour il paye le prix de sa vie libre. Il raconte que tout ira bien. Mais il a quand mĂȘme un mauvais feeling [Est-ce que tu le sens?]. Il essaye de comprendre les rĂšgles du jeu♟ MĂȘme quand il est dĂ©foncĂ© il dit « Bonjour ». Il est bien Ă©duquĂ©, pourtant il a des absences comme un dĂ©putĂ© [Est-ce que tu le sens?].

Il rallume sa trompette🚬. Il se pose des rĂ©ponses. Il trouve des questions. Mais il tire quand mĂȘme une autre latte. Shit, plein de plastique comme l’eau de la mer. Mais il fera de meilleurs choix dans l’au-delĂ . Sur sa planĂšteđŸŒč, il a vu la braise et le verglas naĂźtre. Il tient pas en place mais il peut pas blĂąmer ceux qui choisissent de planer toute l’annĂ©e. Toute façon, s’il impose sa libertĂ© qui va lui obĂ©ir? Il a que des idĂ©es. Il peut pas contrĂŽler tout ce qui arrive Ă  son pays. Intelligent sombre, tout le monde se tait quand l’or parle. Les gens sont plus Ă©gocentriques qu’une chanson de Lomepal. Promis KĂ©vins connaĂźt ses dĂ©fauts. Mais, avec le temps, les promesses se dĂ©forment. Qui peut lui faire la leçon? Vie rapide et inĂ©dite, il embrase son tromblonđŸ”«. Chaque matin il a des idĂ©es tristes 🌧 mais il aide le monde Ă  sa façon. Toute façon, il sait pas quoi faire d’autre. Un remĂšde pour chaque douleur. MĂ©lange de substances le rend mĂ©lo [Putain est-ce que tu le sens?]

Solo (Han). Depuis 5H (seul). Il s’est senti seul quand il a vu les autres y aller. 5h40. Il parle Ă  ses ombres. C’est l’heure de rentrer Ă  la maison. Il assume les bugs de sa vie sociale et il a pas l’intention de chialer! Nan. Il veut plus profiter de la vie. Loin de lui, cette Fille🎀 elle est belle. Pour pas la blesser, il a choisi de briser le reflet de la vitre. À quoi bon faire partir les malheurs du silence? Ça revient comme les regrets Ă  l’heure du bilan⏳ [Est-ce que tu le sens?] Avoir des regrets, c’est de la merde. Il veut pas voir oĂč le train l’amĂšne. Avec cette Fille, ils pensaient qu’ils avaient du gĂ©nie. Et qu’ils s’aimeraient toujours la-mĂȘme.

Il a une famille qui l’aime. Il perd pas encore son Ă©quilibre. Il vit en grand et il a presque pas grandi sans pĂšre. Il a pas une Ăąme de mouton 🐑. Et il habite pas dans un pays en guerre. Il respire un bon coup 💹 Une bonne dose de vent froid. YES! Il respire donc il reste encore quelques secondes devant lui. Non, il est pas immortel – mĂȘme s’il a un peu de succĂšs [ChĂ©ri, c’est peut-ĂȘtre la derniĂšre fois que j’aurais pu le sucer ? Est-ce que tu le sens?] Il mourra chez lui. 6H18. Il s’installe. Il se cale sur le tempo du robinet qui fuit. Il attend le lever du jour pour se laisser aller. Il est pas pressĂ© de partir. Il vient de voir quelques dragons survoler la vallĂ©e. [Est-ce que tu le sens?] Hey hey, il vadrouille jusqu’Ă  l’infini.


Son esprit se calme.
PosĂ© d’oĂč il est.
Il voit le monde sans filtre.

Oh son cƓur est calme.
Ses démons se calment.
Son esprit se calme.
6H30.
Ses yeux se ferment.
Le rĂ©veil des autres sonne… 🚑

Oyazumi, Oyazumi, Oyazumi

🎹🎹🎹

Je te souhaite, Cher Antoine, un excellent dimanche,

La Diva Tuberculeuse.

🍭Amour confinĂ© (con fini)

ChĂšre Suzanne,

// EN CHANTIER //

Notre appartement de la Place des Bons Enfants me hante. Tout comme mon ancien appartement du Parc. Je rĂȘve toujours de mon petit poĂȘle Ă  pellets rouge, pĂšce maĂźtresse de l’espace minimaliste d’un sous-pente lumineux et immaculĂ©. Du bois : en poutres, en portes qui grincent, en parquet qui craque, en rainures qui entailles, en chaleur naturelle. Mon nid. Mon confort. J’avais rĂ©ussi Ă  y poser quelques briques Ă©parses, bribes de conscience de moi-mĂȘme, illusions de stabilitĂ©. Je commençais Ă  peine Ă  me sentir chez moi. Mes routines Ă©gocentriques s’ancraient lentement mais sĂ»rement, dans un confort tout cĂ©libataire. Dans l’appartement du Parc : Le rythme y Ă©tait doux. La vue y Ă©tait belle. L’atmosphĂšre y Ă©tait paisible. Je m’y reconstruisais d’une prĂ©cĂ©dente rupture handicapante. J’avais des choses Ă  prouver. Je me disais que l’amour devait ĂȘtre libre ou ne pas ĂȘtre. Je me redĂ©couvrais des plaisirs Ă©goĂŻstes. Je me pardonnais d’ĂȘtre humainement imparfaite ou imparfaitement humaine.

Un matin oĂč je le conduisais au travail, « DĂ©lit » d’Amel Bent est passĂ© dans mes Titres likĂ©s sur Spotify. Il m’a regardĂ© d’un regard mi-tendre, mi-moqueur en m’admirant donner tout mon cƓur sur le refrain, d’un timbre matinal bien enrouĂ©. J’ai eu droit, pour tout commentaire, Ă  un : « Ah ouais, tout ça toi ! »

Tu sais Suzanne, encore maintenant, ils disent que je suis incapable d’ĂȘtre une adulte raisonnable et que je joue de tout. C’est parce que la crĂ©ation, tu sais – j’en peux rien ! – je la respire sans jamais me soucier du pire! Et parfois, et bien oui – je me fous, de tout. Je n’ai plus rien Ă  perdre. VoilĂ  pourquoi je prĂ©fĂšre tout miser sur mon blog. Je n’ai pas d’autre choix car moi, quand je ne rĂȘve pas Suzanne, je suis comme prisonniĂšre, perdue dans cet univers – un peu trop grand pour moi. Je n’ai plus de repĂšres et je me sens seule sur terre! Donc, s’il vous plaĂźt, ne me rĂ©veillez pas. Ils disent que mon art c’est du vent, que je me conduis comme une enfant, que je fuis la vrai vie. Ils disent que ma passion m’aveugle et qu’un jour je finirai seule avec mes souvenirs. Mais, tu sais Suzanne, si rĂȘver est un dĂ©lit et bien qu’ils m’arrĂȘtent sur-le-champ! Car je risque d’ĂȘtre multirĂ©cidiviste, prĂ©viens le Docteur!

// EN CHANTIER //

L’appartement du Parc a abritĂ© nos premiers amours clandestins, nos folies les plus intimes – Que le poĂȘle Ă  pellets en tĂ©moigne ! -, nos nuits les plus longues, nos confessions nocturnes les plus rĂ©vĂ©latrices.

Well, I found a man stronger than anyone I know
He shares my dreams, I hope that someday we’ll share a home
I found a love to carry more than just my secrets
To carry love, to carry children of our own
We are still kids, but we’re so in love
Fightin’ against all odds
I know we’ll be alright this time
Darling, just hold my hand

Je me rappelle d’un soir. Je pense que ce devait ĂȘtre la nuit du Nouvel An 2020. FraĂźchement en couple, nous avions dĂ©cidĂ© de passer le rĂ©veillon en amoureux et de se mettre « en Luxe » : Carpaccio de vachette maturĂ©e, Magret de canard, et mĂȘme si on avait plus de place pour le dessert on a quand mĂȘme bu le vin qui Ă©tait prĂ©vu! Il Ă©tait assis dans mon fauteuil en rotin, pensif. Nous venions de nous accrocher gentiment car il avait fumĂ© une clope par ma fenĂȘtre alors que je lui avais strictement interdit. Non mais ! Petit con ! Je l’ai rejoins, me suis assise sur ses genoux et lui ai demandĂ© si tout allait bien. Il m’a juste dit : « Ă‰coute ».

Depuis le temps qu’il patientait dans cette chambre noire. Il entendait qu’on s’amusait et qu’on chantait au bout du couloir. Quelqu’un a touchĂ© le verrou et il a plongĂ© vers le grand jour. Alors il a vu des fanfares, des barriĂšres et des gens autour. Dans les premiers moments, il a cru qu’il fallait seulement se dĂ©fendre mais cette place est sans issue, il a vite commence Ă  comprendre. Ils ont refermĂ© derriĂšre Lui. Ils ont eu peur qu’il recule. Il allait bien finir par l’avoir, cette danseuse ridicule. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux? Andalousie, je me souviens, les prairies bordĂ©es de cactus. Il n’allait pas trembler devant ce pantin, ce minus! Il allait l’attraper, lui et son chapeau et les faire tourner comme un soleil! Ce soir-lĂ , la femme du torero dormirait sur ses deux oreilles. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux? Il en a poursuivi des fantĂŽmes, presque touchĂ© leurs ballerines. Ils ont frappĂ© fort dans son cou pour qu’il s’incline. Ils sortaient d’oĂč ces acrobates avec leurs costumes de papier?
Il avait jamais appris Ă  se battre contre des poupĂ©es. Sentir le sable sous ma tĂȘte, c’est fou comme ça lui aurait fait du bien.
Peut-ĂȘtre priait-il dĂ©jĂ  pour que tout s’arrĂȘte? Andalousie, je me souviens. Je les entends rire comme je rĂąle et je les vois danser comme je succombe. Je pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux?

Il bricolait bien. Il savait tout faire de ses dix doigts ! C’Ă©tait magique ! Lorsqu’il squattait mon appartement du Parc, il avait eu l’idĂ©e d’adapter un meuble qu’il avait construit avec son pĂšre afin qu’on puisse geeker tranquillement au lit pendant que la nation entiĂšre s’entretuait dans l’inĂ©narrable Guerre du PQ (prĂ©mices covidaires). Ni une, ni deux, il avait dĂ©barquĂ© avec une visseuse et toute le matos du parfait bricoleur. C’Ă©tait tellement bon et rassurant, la capacitĂ© d’action qu’avait ce type, d’aucun y verront par erreur uniquement de l’impulsivitĂ©. Mais, moi, je le trouvais incroyable quand il avait une idĂ©e derriĂšre la tĂȘte! Sa force se rĂ©alisation me laisse encore rĂȘveuse et, amoureuse, Ă©videmment. Il la brandissait avec tellement d’aisance, allongĂ© sur son dos, postillonnĂ© de sciure de bois, que je n’ai pas pu m’empĂȘcher de rythmer ses efforts avec « Satisfaction » de Beny Benassi. Il m’a traitĂ© de con. Sourire.

L’Astre de TrĂšfles qui piqua mon CƓur

Il ne serait pas juste d’attribuer Ă  l’appartement de la Place de Bons Enfants, nos plus belles disputes. DĂ©jĂ  avant, dĂšs le dĂ©but, nos disputes pouvaient revĂȘtir un caractĂšre Ă©pique. Il avait l’art de s’enfermer. Combien de fois ai-je tambourinĂ©, Ă  genoux, en larmes, au pied de ses portes closes? Combien de verres se sont brisĂ©s sur le sol? Combien de temps m’en voudrais-je encore d’avoir un jour pu gifler, une fois, ce visage que j’aimais tant?

Il Ă©tait l’As de TrĂšfle qui a piquĂ© mon cƓur. Overdose de douceur. On jouait comme des enfants. On s’aimait, un peu, beaucoup, Ă  la folie, passionnĂ©ment. Mais Ă  la suite de douloureuses dĂ©ception sentimentale, d’humeur chaleureuse, il devenait brutal (« Caroline » – MC Solaar)

On the first page of our story, the future seemed so bright. Then this thing turned out so evil – I don’t know why I’m still surprised. Even angels have their wicked schemes and we take that to new extremes. But he’ll always be my hero. Even though he lost his mind. Now there’s gravel in our voices. Glass is shattered from the fight. In this tug of war he’ll always win, even when I’m right. ‘Cause he fed me fables from his head with violent words and empty threats. And it’s sick that all these battles are what keeps me satisfied. So maybe I’m a masochist. I tried to run but I didn’t wanna ever leave, till the walls are goin’up in smoke 🚬 with all our memories… ☁ (« Love the way you lie (Part 2) » – Rihanna).

[And KVS said :]
This morning, you wake, a sun ray hits your face🌞
Smeared makeup as we lay in the wake of destruction
Hush baby, speak softly 💹, tell me I’ll be sorry
That you pushed me into the coffee table last night
So I can push you off me
Try and touch me so I can scream at you not to touch me
Run out the room and I’ll follow you like a lost puppy 🐕
Baby💔, without you, I’m nothing, I’m so lost, hug me
Then tell me how ugly I am but that you’ll always love me
Then after that, shove me, in the aftermath of the
Destructive path that we’re on, two
psychopaths but we
Know that no matter how many knives🗡we put in each other’s backs
That we’ll have each others backs ’cause we’re that lucky
Together, we move mountains ⛰
Let’s not make mountains out of molehills
You hit me twice, yeah, but who’s countin’?
I may have hit you three times, I’m startin’ to lose count
But together, we’ll live forever, we found the youth fountain
Our love is crazy,đŸ’„ we’re nuts but I refused counsellin’
This house is too huge, if you move out I’ll burn all two thousand
Square feet of it to the ground, ain’t shit you can do about it
With you I’m in my fuckin’ mind, without you, I’m out it

(« Love the way you lie (Part 2) » – Eminem)

Just gonna stand there and watch me burn
But that’s all right because I like the way it hurts
Just stand there and hear me cry
But that’s all right because I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied

Je repense Ă  nous, Ă  nos cornets vanille, Ă  notre boulimie de fraises, de framboises, de myrtilles, Ă  nos dĂ©lire futiles, Ă  notre style de pacotille. Il Ă©tait l’homme qui tombait Ă  pic pour prendre mon cƓur. J’aurais dĂ» me tenir Ă  carreau. Merde. Une pyramide de baisers, une tempĂȘte d’amitiĂ©, une vague de caresse, un cyclone de douceur, un ocĂ©an de pensĂ©e, – tu sais, Suzanne – je lui ai offert un BUILDING de tendresse 🌾. Pyromane de mon cƓur, canadair de mes frayeurs, il m’a offert, une symphonie de couleurs 🎹. Et pourtant, il est parti, maso, avec Elle. Quand je les imaginais, main dans la main, fumant le mĂȘme mĂ©got, je sentais un pincement dans mon cƓur mais n’osais dire un mot. C’est pourquoi la Diva Tuberculeuse prend le micro pour te parler d’un ami qu’on appelait Hester. Il Ă©tait ma came. Il Ă©tait ma vitamine. Il Ă©tait ma drogue, ma dope, ma coke, mon crack, mon amphĂ©tamine, Hester. Pour lui, faut-il l’admettre, mes larmes ont coulĂ©es. HĂ©morragie oculaire, vive notre amitiĂ©! Du passĂ©, du prĂ©sent, je l’espĂšre du futur, il est dĂ©finitivement passĂ© pour ĂȘtre prĂ©sent dans mon futur.

La vie est un jeu de carte, Paris un casino, et il excellait beaucoup trop au Poker pour ne pas tout miser sur la fin. Si seulement, il avait juste pu bluffer, une derniĂšre fois. Putain.

Parfois une cage Ă©lectrisĂ©e anxiogĂšne, parfois un cocon dĂ©licieusement intimiste, notre appartement de la Place des Bons Enfants fut une expĂ©rience de confinement inĂ©dite et exceptionnelle. N’y a-t-il eu que nous d’assez fous pour louer un appartement le temps de notre courte histoire passionnelle, passionnĂ©e et passionnante? Un nid d’amour nĂ©cessaire pour se prĂ©parer au mieux Ă  affronter une crise sanitaire dont on ne subissait alors que les balbutiements paralysants. Une Ă©vidence, au milieu de ce monde Ă  l’arrĂȘt. Une pulsion, au milieu de mesures restrictives s’acharnant Ă  attacher nos ailes Ă  coups d’Éditions SpĂ©ciales alarmistes. Une victoire. S’il fallait un seul mot pour qualifier ce lieu, j’emploierais avant tout et surtout le mot victoire. Notre premiĂšre victoire !

Dans un premier temps, nous avons pris le dĂ©but du confinement comme une bonne occasion de s’octroyer des vacances Ă  domicile. On Ă©tait jeunes, crĂ©atifs, sans enfants, amoureux, plein de projets Ă  rĂȘver, ça allait passer crÚÚÚme. On s’Ă©tait mĂȘme moquĂ© gentiment de l’angoisse de sa mĂšre, hypnotisĂ©e et fidĂšle au poste devant le JT, tous les soirs. Je me souviens du jour oĂč j’ai entendu parler pour la premiĂšre fois du Coronavirus. C’Ă©tait au sortir d’une sĂ©ance de cinĂ© (« 1917″, Sam Mendes). Kvs, le nez sur son Ă©cran, s’Ă©tait esclaffĂ© « Y a les Chinois qui sont tous en train de se faire buter par un Coronavirus – C’est marrant comme nom, non? – Ca y est, la guerre bactĂ©riologique est enfin lancĂ©e, ça va faire du taf (Gnark, Gnark*) ! De tout façon, y en a trop des faces de citron ! (Il m’embrasse sur le front) Pas vrai, Lucky Cat**! 😉 » J’ai ri. Et mĂȘme pas jaune. J’ai ri de toutes mes incisives de rongeur, mes yeux indubitablement asiatiques plissĂ©s de rire – « comme des kikines de poupousse » selon l’expression belge consacrĂ©e – dĂ©jĂ  une larme au coin de l’Ɠil. Une larme de rire. Insouciante. Ignorante – ou feignant d’ignorer – l’Ă©pidĂ©mie mondiale Ă  venir. Ce confinement allait ĂȘtre drĂŽle. AĂŻe.

** »Lucky Cat « : Veinard depuis quelques jours au poker en ligne, il avait trouvĂ© drĂŽle de m’attribuer ce surnom affectueux.

// EN CHANTIER //

Certains jours, il nous arrivait d’errer comme deux Ăąmes en peine : Lui, victime de son immobilisme forcĂ©, Moi, impuissante face Ă  sa victimisation. Nous avons fait de notre mieux pour accorder harmonieusement nos blessures communes. Mais la rapiditĂ© ne cicatrise jamais bien. Quand j’y repense, elles s’aimaient assez pour cohabiter mais n’Ă©taient sous doute pas assez pansĂ©es pour soutenir ce rythme de premier confinement covidaire de 24h/24, 7j/7.

// EN CHANTIER //

🍭🍭🍭

Je te souhaite, Ma Suzanne, une merveilleuse journée,

La diva tuberculeuse.

🍭Une foule lucide et bienveillante

ChĂšre Suzanne,

Hier, les bars ont rĂ©ouverts. Ils se sont Ă©veillĂ©s de leur lĂ©thargie covidaire. Tout doucement, les terrasses se sont rĂ©veillĂ©es. Depuis une semaine, l’impatience Ă©tait palpable. Des tables se dressaient. Des chaises s’alignaient. MĂȘme le soleil Ă©tait venu assister au retour des Humains. Chacun a sa maniĂšre a profitĂ© de l’atmosphĂšre Ă©mancipĂ©e de ce jour bĂ©ni. J’en ai vu rire. J’en ai vu s’aimer. J’en ai vu se souvenir. J’en ai vu pleurer d’Ă©motions. J’en ai vu vomir leur amertume. J’ai vu beaucoup de bienveillance, Suzanne. On aurait dit que le mot d’ordre gĂ©nĂ©ral Ă©tait l’amour de la rencontre et de l’Ă©change. Je n’irais pas Ă  dire « l’amour du partage », j’aurais peur de me faire censurer đŸ˜· Mais, oui, j’en ai vu aussi : du partage.

Comme dans toute bonne soirĂ©e, vient quand mĂȘme le moment oĂč tout bascule. PerchĂ©e sur mon tabouret depuis le dĂ©but de l’aprĂšs-midi, Ă  l’ombre nocturne d’un auvent dans une ruelle Ă©troite du CarrĂ©, je savourais la moindre parole, le moindre bruit, la moindre odeur (et – crois-moi – dans le carrĂ©, elles peuvent ĂȘtre fameuses). Soudain, est-ce le vent qui fit se saoĂ»l-lever un coin de l’auvent en question? Mais le jour apparu. Et mon regard, cachĂ©e derriĂšre mes solaires, se rappela Son absence. Durant une fraction de seconde, – comme avant – je l’avais attendu et cherchĂ©, au milieu de la foule passante et bousculante. Et mon jour se voila de noir. La fĂȘte Ă©tait finie.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chĂšre Suzanne, un excellent dimanche,

La Diva Tuberculeuse.

🎀 La diva tuberculeuse

// EN CHANTIER //

Elle est d’une gĂ©nĂ©ration maudite, de grands enfants infantilisĂ©s qui doivent faire semblant d’ĂȘtre des adultes conventionnels. Elle vient d’une enfance oĂč la tĂ©lĂ©vision en famille avait encore toute sa place mais oĂč l’ordinateur s’est violemment imposĂ©. Une Ă©quipe de gosses dĂ©senchantĂ©s qui n’avaient pas peur de sortir en rue mais que la pĂ©dophilie a cloisonnĂ©.

Premier confinement avant l’heure? Je ne me souviens plus du moment oĂč la pĂ©dophilie a dĂ©barquĂ© dans ma vie et dans celle de tous les gosses de mon Ăąge. Je crois qu’on ne concevait pas vraiment la chose avant la mĂ©diatisation des affaires Dutroux, Fourniret, Petit GrĂ©gory – entre-autres. Les informations alarmistes ont peu Ă  peu envahies nos Ă©pisodes des Minikeums. Dans ces moments-lĂ , je crois qu’on a tous vu l’horreur passer dans le regard de nos proches et particuliĂšrement de nos protecteurs. À cause de la mĂ©diatisation indĂ©sirĂ©e – car immature – et violente, Ma gĂ©nĂ©ration, la Y, tsĂ© bien, s’est trouvĂ© pour la premiĂšre fois unie dans un confinement gĂ©nĂ©rationnel entre quatre murs !

Trouvons une solution ! DĂ©veloppons les rĂ©seaux ! CrĂ©ons des skyblogs, de la musique Ă©lectronique, du rock de garage, des fringues mal assorties, des tĂ©lĂ©chargements clandestins, des wizz avec le logo MSN. Nous nous inventions un nouveau monde, devant notre ordinateur – le tĂ©lĂ©phone (GSM Ă  la belge) ne nous servait alors qu’Ă  envoyer des textos et – dans le meilleur des cas – Ă  jouer Ă  Snake pendant des heures inavouables. Grande Ă©poque de : Nokia, Calvin Klein, Eastpak, Kipling, Diddle, Zelda, The Simpson, PokĂ©mon, Nicky Larson, MTV, MCM, Sakura, Death Note, GTO, GTA, Call of Duty, Diablo, Fifa!, et j’en passe – de loin.

J’ai grandi dans un monde visuel. La gĂ©nĂ©ration Y est dĂ©cidĂ©ment virtuelle. RĂ©fugiĂ©e derriĂšre ses Ă©crans, elle s’est inventĂ©e un nouvel univers. Elle est peut-ĂȘtre plus visionnaire car bercĂ©e d’un nombre incalculable d’images depuis sa plus tendre enfance. Des images Ă  la tonne, de toutes sortes, de toutes origines, qui alimentent encore aujourd’hui son imaginaire virtuel.

// EN CHANTIER //

Comme dirait le Colibri, je fais ma part. Voici le manifeste printanier que j’Ă©crivais il y a quelques semaines :

Le printemps approche Ă©loignant progressivement la duretĂ© de l’hiver. Il apporte avec lui une Ă©nergie nouvelle ; porteuse d’espoir, de changement et – dans l’esprit des jeunes – une envie de rĂ©volution. La sĂšve monte et le printemps des Peuples gronde. Bonjour le Monde ! Ça va swinguer ! La colĂšre froide d’esprits confinĂ©s se rĂ©chauffe petit Ă  petit.

La FĂȘte, les jeunes en sont bleus ! Ils ont soif de libertĂ©s. Ils chercheront Ă  s’émanciper de l’autoritĂ© abusive d’un Etat de plus en plus dictatorial. Ils chercheront le renouveau au travers de l’art, de la culture, dans une sociĂ©tĂ© qu’ils construiront aux valeurs forcĂ©ment plus humaines. Ils sauront tirer des leçons du passĂ© pour mieux inventer l’avenir. L’air a besoin de changement. Le rythme doit faire battre les cƓurs Ă  l’unisson. [We 💖 Tomorrowland]

L’énergie sera puisĂ©e dans la crĂ©ativitĂ©, l’espoir et l’imagination. La jeunesse prouvera sa capacitĂ© Ă  remettre le monde en question et Ă  s’adapter Ă  cette sociĂ©tĂ© nouvelle qu’il lui reste Ă  semer sur une symphonie vivaldienne. Qui mieux que Vivaldi pour inspirer le Printemps ? Oh non, ça ne sera pas une promenade tranquille ! La RĂ©volution Ă  venir tiendra davantage d’un sentier escarpĂ© en haute montagne, constellĂ© de nids de poules, aux pentes vertigineuses et au vide avoisinant – Inch’Allah pas trop paralysant.

Ah Ca Ira, Ca Ira, Ca Ira ! Le courage, elle le trouvera ! Elle en fait la promesse ! De toutes ses forces, elle se battra pour vivre Ă  nouveau. Vivre ! DiffĂ©remment, certes, mais mieux, dĂ©finitivement. Des gĂ©nĂ©rations seront peut-ĂȘtre sacrifiĂ©es sur l’autel de la LibertĂ© mais 
 qu’est-ce que quelques annĂ©es Ă  l’échelle de l’HumanitĂ© ? Parole d’historienne, des crises, elle en a vu d’autres et elle se relĂšvera ! Fini de broyer du Noir ! AprĂšs l’hibernation, il faut se rĂ©veiller et se battre pour la Vie. Qu’elle n’oublie jamais qu’une prison dorĂ©e reste une prison, qu’elle s’envole tel un aigle royal car, plus jamais, elle ne se laissera remettre en cage. Et maintenant : Hauts les CƓurs ! Debout les Morts!

🎀🎀🎀

La Diva tuberculeuse.

🍭 Pete, l’AmĂ©ricain unijambiste

ChĂšre Suzanne,

Dans les aventures sentimentales de Gwen, Pete a une couleur particuliĂšre. Il Ă©tait militaire au Shape. Elle avait matchĂ© avec lui sur Tinder par – on ne sait toujours pas – quel miracle. Sans doute Ă©tait-ce le fruit des manƓuvres du jeune homme dans les contrĂ©es liĂ©geoises. Bah. En tout cas, cet US Boy (Jena Lee, pour les vrais) lui avait carrĂ©ment fait gentiment. Tu commences, Ă  la connaĂźtre Suzanne, il s’insĂ©rait parfaitement dans son imaginaire American Vintage, couleur dragĂ©e Ă©dulcorĂ©e. Gwen avait donc ajoutĂ© un clavier Qwerty Ă  son Samsung afin de pouvoir laisser s’exprimer plus librement dans ses Ă©changes Pearl Harboresque.

// EN CHANTIER //

Elle Ă©tait encore toute partie, touchante quand elle me narrait ses fantasmes avec les 50 Ă©toiles du famous « Stars and Stripes« . D’humeur taquine, connaissant son don de visualisation dĂ©bridĂ©, je lui ai un jour balancĂ© la maniĂšre dont j’imaginais son Pete : vĂ©tĂ©ran, unijambiste, bedonnant, clouĂ© dans son fauteuil, mariĂ© aux States, deux gosses, il s’ennuie Ă  la base et tuant son seul ennemi : l’ennui. J’ai vu la rĂ©alitĂ© la gifler. Les Ă©toiles s’envoler. Je crois que, ce jour-lĂ , je me suis jurĂ©e de ne plus jamais lancer d’Ɠufs pourris sur ses fantasmes.

Parfois, elle aimerait rĂ©installer Tinder juste pour voir s’il lui a renvoyĂ© un message. Vous en pensez quoi, docteur?

🍭🍭🍭

Je te souhaite, ma Suzanne, une douce journée,

La Diva Tuberculeuse.

🍭 L’alchimie, ça existe.

ChĂšre Suzanne,

Une recette alchimique? ⚜

Ma p’tite Suzanne pense bien Ă  kiffer chaque moment comme si c’était le dernier. Et plus particuliĂšrement encore les moments qui te font du bien. Tu verras, ta vie ne sera qu’une succession de moments, toujours ressentis, parfois partagĂ©s, souvent Ă©courtĂ©s – mais le plaisir qu’ils t’amĂšneront dans l’éphĂ©mĂšre, l’irrĂ©versible et l’inattendu contribuera grandement Ă  Ă©picer ta vie.

Tu composeras ta recette du mieux possible Ă  la fois Ă  la quĂȘte des bons ingrĂ©dients et dans l’apprentissage du bon geste. Bon, car – ma p’tite Suzanne – la vie est trop courte pour se faire autre chose que du Mal. Par lĂ , je ne dis pas que tu ne souffriras pas, mais que tu t’efforceras de cicatriser en harmonie avec la personne formidable, l’ĂȘtre humain imparfait, l’individu magnifique d’unicitĂ© que tu es.

Tu devras tester de nombreux produits et associations de goĂ»ts pour crĂ©er ta recette selon tes besoins et, si possible, selon tes envies. Tu tomberas parfois sur des ingrĂ©dients Ă©cƓurants que tu parviendras Ă  temporiser avec la justesse d’un assaisonnement, la lourdeur de certains produits sera compensĂ©e par tes touches d’esprit acidulĂ©es. Certains seront avariĂ©s irrĂ©cupĂ©rables, d’autres avariĂ©s mais intensĂ©ment rĂ©cupĂ©rables. Je suis dĂ©solĂ© de te l’annoncer Suzanne mais tu devras constamment faire des choix – parfois tu te tromperas, mais tu feras toujours de ton mieux – et accepter d’écarter si besoin dĂ©finitivement certains ingrĂ©dients toxiques de ta liste (mĂȘme si, sur le moment, ils t’ont certainement offert un twist ou une couleur intĂ©ressant).

Pour finir ma Suzanne, je te dirais que l’alchimie existe, qu’elle est en chacun de nous ! Le nombre d’or est au fond de toi ma petite, et au fond de moi. Dans le cƓur de personnes malveillantes, dans la tĂȘte de personnes bienveillantes, il tient Ă  chacun de trouver la Force et la Foi de le rĂ©vĂ©ler ou non. Tu as aussi le droit de le garder juste tout au fond de toi ma Suzy, ce n’est pas grave. Un autre jour peut-ĂȘtre, qui sait. Je serai lĂ .

Je t’aime.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, ma Suzanne, une douce journée,

La Diva Tuberculeuse.