CatĂ©gorie : ChĂšre Suzanne 🍭

🍭Catharsis

ChĂšre Suzanne,

J’ai encore dĂ©mĂ©nagĂ©. À nouveau, j’ai mis ma vie en cartons et j’ai mis les voiles. J’ai posĂ© dĂ©licatement mes effets dans un nid bruxellois avec quelques roomies. Du vert olive, un petit balcon, des valeurs Ă©thiques, un quartier calme, des commerces Ă  foison, des bars Ă©videmment, de la nouveautĂ© : le cadre me paraĂźt bon. À voir ce qu’il va s’y passer. Silence. Ca tourne.

Je me sens libĂ©rĂ©e, pas dĂ©livrĂ©e. J’ai la chance de mon cĂŽtĂ©. J’ai dĂ©cidĂ© qu’il en serait ainsi, sans Lui.


Catharsis [kataʀsis] (subst. fĂ©m.) : 
Théùtre Purification de l'ùme ou purgation des passions du spectateur par la terreur et la pitié qu'il éprouve devant le spectacle d'une destinée tragique.
Psy. Moyen thérapeutique (ex. hypnose, suggestion, etc.) par lequel le psychiatre amÚne le malade à se libérer de ses traumatismes affectifs refoulés.

Ca y est Suzanne! J’crois que j’ai trouvĂ© un but. Au dĂ©tour d’un stage au Cours Florent, j’ai croisĂ© une passion cathartique, une vieille amie : la scĂšne. Comment te dire? Depuis lors, j’ai Ă  nouveau envie de me lever le matin. Je commence Ă  percevoir des couleurs dans le filtre qui s’est imprimĂ© sur ma vie. Il semble donc que ce sera Bruxelles, pour le ThĂ©Ăątre.

Au final, j’aurai peut-ĂȘtre trouvĂ© ma voix en perdant ma voie. Au thĂ©Ăątre, mon Ăąme danse – comme Ă  l’Ă©poque. Il semble ĂȘtre l’endroit idĂ©al oĂč juguler ma dĂ©route Ă©motionnelle. Un outil existentiel et existentialiste, en quelque sorte. Tu comprends mieux?

Kvs et moi, on s’est rencontrĂ©s pour la premiĂšre fois sur scĂšne. On Ă©tait ados et nos deux Ă©coles concouraient dans un tournoi d’interprĂ©tation de textes. Nos regards se sont croisĂ©s en coulisses, le stress au ventre. Ou bien Ă©tait-ce dĂ©jĂ  autre chose. Je m’Ă©gare. Il avait sans doute tentĂ© en vain de me rassurer de quelques paroles. Je ne l’ai pas vraiment vu Ă  cette Ă©poque. C’est juste qu’un petit roux au prĂ©nom excentrique, on s’en rappelle, tu comprends Suzanne? Donc oui, quand je l’ai recroisĂ© une dizaine d’annĂ©e plus tard, je savais qui il Ă©tait. Et c’est lĂ  que je l’ai vraiment vu. Lui par contre, se rappelait des moindres dĂ©tails de ma tenue de scĂšne. Il semblerait que je l’aie envoĂ»tĂ© Ă  mon propre insu. Il avait l’art de la mise en scĂšne. Il l’a eu jusqu’au bout. L’abruti.

Je ne me rappelle plus trĂšs bien du contexte du concours « Paroles » . Tout ce dont je me souviens est le sentiment de la scĂšne. Je me rappelle qu’elle m’a portĂ©e. Le moment Ă©tait magique. J’avais oubliĂ© l’exaltation du sacrifice de soi aux projecteurs. C’est presque suicidaire. Mais un beau suicide, tu visualises?

Bons baisers de Bruxelles,

🎀LaDivaTuberculeuse

🍭Le dĂ©luge

ChĂšre Suzanne,

Liege 15.07.2021

VoilĂ  un moment que je ne t’ai Ă©cris chĂšre Suzanne. Je n’ai pas ressenti le besoin de te donner des nouvelles. Je n’ai pas pris la peine de prendre des tiennes. Je m’en excuse. AprĂšs tout, peut-ĂȘtre que tu ne vas pas bien de ton cĂŽtĂ©? Je te partage ma peine, ma douleur, ma colĂšre la plus noire et te parle de Lui, de moi, de nous. Et toi dans tout ça?

Un vĂ©ritable dĂ©luge s’est abattu sur le Monde, encore en gueule de bois d’une crise sanitaire dont il peine Ă  se dĂ©toxifier. Les villes du coin affichent de sales airs post-apocalyptiques. Les humains sont lĂ , hĂ©bĂ©tĂ©s mais solidaires. Toujours pas de violente rĂ©volte. AprĂšs tout, cela va bientĂŽt faire deux ans qu’ils ont appris Ă  se laisser porter par le flot des dĂ©cisions d’un gouvernement Ă  la dĂ©rive. Donc moi dans tout ça, je me laisse voguer avec mon vague Ă  l’Ăąme. Je me dis que ça sent la Fin d’une espĂšce, le DĂ©but des catastrophes, et qu’il n’est plus lĂ  pour me protĂ©ger. Tant pis. Je profite de mon mieux des flaques claires dans la marĂ©e noire et me dĂ©bats tant que je peux pour ne pas tomber dans la vidange vorace.

On dirait que les bottes en caoutchouc sont tendances cette saison en Belgique. Elles se portent mĂȘme en cuissardes les jours de sauvetage. Elles marchent au pas. Vertes, d’aucunes arborent parfois un motif Ă  vergetures boueuses. Elles vous permettront de traverser le fleuve pandĂ©mique dans des conditions de confort optimales. Et merde. Si c’est le seul plaisir confortable Ă  trouver en eaux troubles, alors oui, je ressortirai mes bottes en caoutchouc.

En VĂ©ritĂ© – quand je vois le dĂ©luge mondial – ce qui me touche le plus c’est la destruction de notre plage de galets ; c’est l’inondation de la maison qui nous plaisait tant mais que nous n’aurions jamais pu nous offrir ; c’est le terrain inondable qu’il envisageait d’acheter affichant le verdict « Trop tard » (« Vendu » aurait Ă©tĂ© trop banal, tu comprends Suzy?). Il ne manquait plus que ça. Une nouvelle purge de lieux, d’images, de refuges susceptibles de le rappeler Ă  moi. Une peu plus, un peu moins, je commence Ă  m’habituer Ă  devoir reconstruire sans Lui. Comme Ă  sa mort, je suis spectatrice de la destructions du peu qui rendait encore notre histoire tangible, concrĂšte. Quand il est parti, mon Monde s’est effondrĂ©. Ce dĂ©sastre ne fait qu’illustrer la Vie comme je la concevais dĂ©jĂ  depuis plusieurs mois.

Certains matins, il m’est plaisant de me draper de nos souvenirs telle la brume dans la vallĂ©e. Pendant un instant, je me laisse aller Ă  rĂȘver l’exceptionnel, le banal. J’imagine l’avenir que nous aurions pu avoir, dans une fantasmagorie Ă©phĂ©mĂšre. Je m’abandonne au son de sa voix silencieuse, Ă  la sĂ©curitĂ© de ses bras dĂ©serteurs, Ă  sa folie Ă©teinte. J’en resterai lĂ . AprĂšs tout, moi, j’ai les pieds secs et, lui, est toujours six pieds sous terre.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chĂšre Suzanne, un mois d’aoĂ»t moins pluvieux,

🎀La Diva Tuberculeuse

🍭 Le CafĂ© Saga

🍭Le CafĂ© Saga

ChĂšre Suzanne,

Ce matin, je suis retournĂ©e Ă  LiĂšge. Le jeudi matin, c’est toujours le jour des livraisons. Avec les travaux multiples et cette ambiance de timide dĂ©confinement, j’ai slalomĂ© au mieux pour trouver une place gratuite – bĂ©nie des dieux. Cette mĂȘme place, le long de la mĂȘme trĂ©mie.

C’est lĂ  que l’immersion dĂ©bute. À chaque fois. Je traverse ce Pont que j’ai tant de fois empruntĂ© le pas lĂ©ger et le cƓur emballĂ© Ă  l’idĂ©e de partager un moment avec KVS. Quelques heures volĂ©es, ensemble, Ă  la terrasse du Saga. À l’abri de la fumĂ©e de ses Camel, nos Ă©motions se camouflaient dans des piscines de Gros Mansen. Un plat vite commandĂ©, les jours de paye.

Le vent soufflait fort lors de la traversĂ©e fluviale. Il s’immisçait par le moindre interstice de ma veste. Piquant. Abrasif. Violent de luciditĂ©. Il faut le traverser seule maintenant ce pont, Philippe. Un espoir tĂ©nu me pousse Ă  avancer : il m’attendra. Il me l’a promis.

ArrivĂ©e devant le Saga, la terrasse est dĂ©serte. J’ai contemplĂ© le vide. Deux secondes. Trois. Je nous ai revu. Quatre. Son sourire. Cinq. Ses cheveux. Six. Un roux de la mĂȘme flamboyance traverse le passage cloutĂ©.Nos promesses et nos incertitudes s’étaient gravĂ©es dans cet endroit. Je me laissais traverser, quelque peu paralysĂ©e par cette vague de souvenirs.

Nous y avions cĂ©lĂ©brĂ© notre victoire : la signature du bail de l’appartement de la Place des Bons Enfants. Il y avait fait semblant de travailler – Ă©tudiant d’un air nĂ©gligĂ© une formation d’Aid Med pour laquelle il s’était portĂ© volontaire Ă  La DĂ©fense. Je l’avais rejoint aprĂšs un concert Ă  l’Orchestre Philarmonique Royal de LiĂšge. Il Ă©tait beau. EmmitouflĂ© dans sa grosse veste bleue, il m’attendait avec l’impatience d’un enfant Ă  NoĂ«l. La promesse d’une nuit volĂ©e dans les yeux.

Le CafĂ© Saga. Autant le Far West fut le bar de nombre de nos rencontres imprĂ©vues, noyĂ©es dans la foule, la musique, l’alcool (et tout ce qui fait planer) autant le Saga ne regardait que nous. Rien que nous. C’est dans doute pour cette raison que, le lundi 5 octobre, je lui ai envoyĂ© ce clin d’Ɠil, cette photo pleine de nostalgie alors qu’il n’était dĂ©jĂ  plus, je l’ignorais, Alors qu’on me cachait sa mort, je voulais juste lui dire – qu’il sache – que je l’aime. MĂȘme de loin. MĂȘme s’il est avec Elle. Je savais qu’il n’allait pas bien. Une semaine plus tĂŽt, il m’avait appelĂ©.

Quel boost, quelle inspiration, quel soulagement d’entendre Ă  nouveau sa voix aprĂšs des semaines de silence mi-respectueux mi-rancunier. Durant cet appel, nous nous sommes encouragĂ©s mutuellement Ă  persĂ©vĂ©rer dans nos projets, Ă  ĂȘtre heureux : avec ou sans Elle. Je lui avais dit de penser Ă  Lui et d’essayer de se retrouver et se reconstruire. Je lui avais promis de faire de mĂȘme. Et enfin, il me l’avait dit – de lui-mĂȘme. Silence.

– « Oui, je sais. »

Silence pesant. Ému. Quelques larmes.

– « Moi aussi, je t’aime toujours KĂ©vins. »

– « Je t’aime Sarah », m’avait-il rĂ©pondu au rythme de ses larmes. Il Ă©tait malheureux. Je l’entendais. Je l’écoutais. Il l’aimait aussi, Ă©videmment. Je souffrais.

– « Il faut que tu gardes le meilleur de Notre Histoire. Ce n’est pas toi qui me manque. C’est la Force qu’on crĂ©ait quand on Ă©tait ensemble, toi et moi. Souviens-toi, on a passĂ© des putains de bons moments! »

– « Pour moi, c’était plus que des bons moments Sarah. »

Au moins, il est parti avec ça : la certitude qu’il m’aimait toujours et la valeur de nos jolis souvenirs. Bel euphĂ©misme.

Je donnerais ma fortune pour rĂ©cupĂ©rer ce dernier appel WhatsApp. J’offrirais ce qu’il me reste d’ñme pour rĂ©entendre un seul des derniers mots qu’il m’a adressĂ©s.

Le Saga était fermé.

Je me suis finalement assise Ă  la terrasse d’un bar adjacent en tentant de trouver un goĂ»t au cafĂ© tournant dans ma tasse. Mon esprit s’égarait dĂ©jĂ  vers d’autres lieux douloureux Ă  portĂ©e de mon regard. Une pompe Ă  essence oĂč il m’avait offert une glace pour me remonter le moral le jour du dĂ©mĂ©nagement. Une autre terrasse, plus loin, oĂč nous avions partagĂ© un moment Ă©trange avec mes collĂšgues. C’était au mois de juin. Il y a moins d’un an. Nous n’arborions dĂ©jĂ  plus l’étiquette du couple mais nous Ă©tions ensemble. Comment aurait-il pu en ĂȘtre autrement?

La ronde de souvenirs reprenait, aĂŻe, et mon cafĂ© refroidissait Ă  vue d’Ɠil.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chĂšre Suzanne, un excellent jeudi,

La Diva Tuberculeuse🎀.

🍭Amour confinĂ© (con fini)

ChĂšre Suzanne,

// EN CHANTIER //

Notre appartement de la Place des Bons Enfants me hante. Tout comme mon ancien appartement du Parc. Je rĂȘve toujours de mon petit poĂȘle Ă  pellets rouge, pĂšce maĂźtresse de l’espace minimaliste d’un sous-pente lumineux et immaculĂ©. Du bois : en poutres, en portes qui grincent, en parquet qui craque, en rainures qui entailles, en chaleur naturelle. Mon nid. Mon confort. J’avais rĂ©ussi Ă  y poser quelques briques Ă©parses, bribes de conscience de moi-mĂȘme, illusions de stabilitĂ©. Je commençais Ă  peine Ă  me sentir chez moi. Mes routines Ă©gocentriques s’ancraient lentement mais sĂ»rement, dans un confort tout cĂ©libataire. Dans l’appartement du Parc : Le rythme y Ă©tait doux. La vue y Ă©tait belle. L’atmosphĂšre y Ă©tait paisible. Je m’y reconstruisais d’une prĂ©cĂ©dente rupture handicapante. J’avais des choses Ă  prouver. Je me disais que l’amour devait ĂȘtre libre ou ne pas ĂȘtre. Je me redĂ©couvrais des plaisirs Ă©goĂŻstes. Je me pardonnais d’ĂȘtre humainement imparfaite ou imparfaitement humaine.

Un matin oĂč je le conduisais au travail, « DĂ©lit » d’Amel Bent est passĂ© dans mes Titres likĂ©s sur Spotify. Il m’a regardĂ© d’un regard mi-tendre, mi-moqueur en m’admirant donner tout mon cƓur sur le refrain, d’un timbre matinal bien enrouĂ©. J’ai eu droit, pour tout commentaire, Ă  un : « Ah ouais, tout ça toi ! »

Tu sais Suzanne, encore maintenant, ils disent que je suis incapable d’ĂȘtre une adulte raisonnable et que je joue de tout. C’est parce que la crĂ©ation, tu sais – j’en peux rien ! – je la respire sans jamais me soucier du pire! Et parfois, et bien oui – je me fous, de tout. Je n’ai plus rien Ă  perdre. VoilĂ  pourquoi je prĂ©fĂšre tout miser sur mon blog. Je n’ai pas d’autre choix car moi, quand je ne rĂȘve pas Suzanne, je suis comme prisonniĂšre, perdue dans cet univers – un peu trop grand pour moi. Je n’ai plus de repĂšres et je me sens seule sur terre! Donc, s’il vous plaĂźt, ne me rĂ©veillez pas. Ils disent que mon art c’est du vent, que je me conduis comme une enfant, que je fuis la vrai vie. Ils disent que ma passion m’aveugle et qu’un jour je finirai seule avec mes souvenirs. Mais, tu sais Suzanne, si rĂȘver est un dĂ©lit et bien qu’ils m’arrĂȘtent sur-le-champ! Car je risque d’ĂȘtre multirĂ©cidiviste, prĂ©viens le Docteur!

// EN CHANTIER //

L’appartement du Parc a abritĂ© nos premiers amours clandestins, nos folies les plus intimes – Que le poĂȘle Ă  pellets en tĂ©moigne ! -, nos nuits les plus longues, nos confessions nocturnes les plus rĂ©vĂ©latrices.

Well, I found a man stronger than anyone I know
He shares my dreams, I hope that someday we’ll share a home
I found a love to carry more than just my secrets
To carry love, to carry children of our own
We are still kids, but we’re so in love
Fightin’ against all odds
I know we’ll be alright this time
Darling, just hold my hand

Je me rappelle d’un soir. Je pense que ce devait ĂȘtre la nuit du Nouvel An 2020. FraĂźchement en couple, nous avions dĂ©cidĂ© de passer le rĂ©veillon en amoureux et de se mettre « en Luxe » : Carpaccio de vachette maturĂ©e, Magret de canard, et mĂȘme si on avait plus de place pour le dessert on a quand mĂȘme bu le vin qui Ă©tait prĂ©vu! Il Ă©tait assis dans mon fauteuil en rotin, pensif. Nous venions de nous accrocher gentiment car il avait fumĂ© une clope par ma fenĂȘtre alors que je lui avais strictement interdit. Non mais ! Petit con ! Je l’ai rejoins, me suis assise sur ses genoux et lui ai demandĂ© si tout allait bien. Il m’a juste dit : « Ă‰coute ».

Depuis le temps qu’il patientait dans cette chambre noire. Il entendait qu’on s’amusait et qu’on chantait au bout du couloir. Quelqu’un a touchĂ© le verrou et il a plongĂ© vers le grand jour. Alors il a vu des fanfares, des barriĂšres et des gens autour. Dans les premiers moments, il a cru qu’il fallait seulement se dĂ©fendre mais cette place est sans issue, il a vite commence Ă  comprendre. Ils ont refermĂ© derriĂšre Lui. Ils ont eu peur qu’il recule. Il allait bien finir par l’avoir, cette danseuse ridicule. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux? Andalousie, je me souviens, les prairies bordĂ©es de cactus. Il n’allait pas trembler devant ce pantin, ce minus! Il allait l’attraper, lui et son chapeau et les faire tourner comme un soleil! Ce soir-lĂ , la femme du torero dormirait sur ses deux oreilles. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux? Il en a poursuivi des fantĂŽmes, presque touchĂ© leurs ballerines. Ils ont frappĂ© fort dans son cou pour qu’il s’incline. Ils sortaient d’oĂč ces acrobates avec leurs costumes de papier?
Il avait jamais appris Ă  se battre contre des poupĂ©es. Sentir le sable sous ma tĂȘte, c’est fou comme ça lui aurait fait du bien.
Peut-ĂȘtre priait-il dĂ©jĂ  pour que tout s’arrĂȘte? Andalousie, je me souviens. Je les entends rire comme je rĂąle et je les vois danser comme je succombe. Je pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe. Est-ce que ce monde est sĂ©rieux?

Il bricolait bien. Il savait tout faire de ses dix doigts ! C’Ă©tait magique ! Lorsqu’il squattait mon appartement du Parc, il avait eu l’idĂ©e d’adapter un meuble qu’il avait construit avec son pĂšre afin qu’on puisse geeker tranquillement au lit pendant que la nation entiĂšre s’entretuait dans l’inĂ©narrable Guerre du PQ (prĂ©mices covidaires). Ni une, ni deux, il avait dĂ©barquĂ© avec une visseuse et toute le matos du parfait bricoleur. C’Ă©tait tellement bon et rassurant, la capacitĂ© d’action qu’avait ce type, d’aucun y verront par erreur uniquement de l’impulsivitĂ©. Mais, moi, je le trouvais incroyable quand il avait une idĂ©e derriĂšre la tĂȘte! Sa force se rĂ©alisation me laisse encore rĂȘveuse et, amoureuse, Ă©videmment. Il la brandissait avec tellement d’aisance, allongĂ© sur son dos, postillonnĂ© de sciure de bois, que je n’ai pas pu m’empĂȘcher de rythmer ses efforts avec « Satisfaction » de Beny Benassi. Il m’a traitĂ© de con. Sourire.

L’Astre de TrĂšfles qui piqua mon CƓur

Il ne serait pas juste d’attribuer Ă  l’appartement de la Place de Bons Enfants, nos plus belles disputes. DĂ©jĂ  avant, dĂšs le dĂ©but, nos disputes pouvaient revĂȘtir un caractĂšre Ă©pique. Il avait l’art de s’enfermer. Combien de fois ai-je tambourinĂ©, Ă  genoux, en larmes, au pied de ses portes closes? Combien de verres se sont brisĂ©s sur le sol? Combien de temps m’en voudrais-je encore d’avoir un jour pu gifler, une fois, ce visage que j’aimais tant?

Il Ă©tait l’As de TrĂšfle qui a piquĂ© mon cƓur. Overdose de douceur. On jouait comme des enfants. On s’aimait, un peu, beaucoup, Ă  la folie, passionnĂ©ment. Mais Ă  la suite de douloureuses dĂ©ception sentimentale, d’humeur chaleureuse, il devenait brutal (« Caroline » – MC Solaar)

On the first page of our story, the future seemed so bright. Then this thing turned out so evil – I don’t know why I’m still surprised. Even angels have their wicked schemes and we take that to new extremes. But he’ll always be my hero. Even though he lost his mind. Now there’s gravel in our voices. Glass is shattered from the fight. In this tug of war he’ll always win, even when I’m right. ‘Cause he fed me fables from his head with violent words and empty threats. And it’s sick that all these battles are what keeps me satisfied. So maybe I’m a masochist. I tried to run but I didn’t wanna ever leave, till the walls are goin’up in smoke 🚬 with all our memories… ☁ (« Love the way you lie (Part 2) » – Rihanna).

[And KVS said :]
This morning, you wake, a sun ray hits your face🌞
Smeared makeup as we lay in the wake of destruction
Hush baby, speak softly 💹, tell me I’ll be sorry
That you pushed me into the coffee table last night
So I can push you off me
Try and touch me so I can scream at you not to touch me
Run out the room and I’ll follow you like a lost puppy 🐕
Baby💔, without you, I’m nothing, I’m so lost, hug me
Then tell me how ugly I am but that you’ll always love me
Then after that, shove me, in the aftermath of the
Destructive path that we’re on, two
psychopaths but we
Know that no matter how many knives🗡we put in each other’s backs
That we’ll have each others backs ’cause we’re that lucky
Together, we move mountains ⛰
Let’s not make mountains out of molehills
You hit me twice, yeah, but who’s countin’?
I may have hit you three times, I’m startin’ to lose count
But together, we’ll live forever, we found the youth fountain
Our love is crazy,đŸ’„ we’re nuts but I refused counsellin’
This house is too huge, if you move out I’ll burn all two thousand
Square feet of it to the ground, ain’t shit you can do about it
With you I’m in my fuckin’ mind, without you, I’m out it

(« Love the way you lie (Part 2) » – Eminem)

Just gonna stand there and watch me burn
But that’s all right because I like the way it hurts
Just stand there and hear me cry
But that’s all right because I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied
I love the way you lie, I love the way he lied

Je repense Ă  nous, Ă  nos cornets vanille, Ă  notre boulimie de fraises, de framboises, de myrtilles, Ă  nos dĂ©lire futiles, Ă  notre style de pacotille. Il Ă©tait l’homme qui tombait Ă  pic pour prendre mon cƓur. J’aurais dĂ» me tenir Ă  carreau. Merde. Une pyramide de baisers, une tempĂȘte d’amitiĂ©, une vague de caresse, un cyclone de douceur, un ocĂ©an de pensĂ©e, – tu sais, Suzanne – je lui ai offert un BUILDING de tendresse 🌾. Pyromane de mon cƓur, canadair de mes frayeurs, il m’a offert, une symphonie de couleurs 🎹. Et pourtant, il est parti, maso, avec Elle. Quand je les imaginais, main dans la main, fumant le mĂȘme mĂ©got, je sentais un pincement dans mon cƓur mais n’osais dire un mot. C’est pourquoi la Diva Tuberculeuse prend le micro pour te parler d’un ami qu’on appelait Hester. Il Ă©tait ma came. Il Ă©tait ma vitamine. Il Ă©tait ma drogue, ma dope, ma coke, mon crack, mon amphĂ©tamine, Hester. Pour lui, faut-il l’admettre, mes larmes ont coulĂ©es. HĂ©morragie oculaire, vive notre amitiĂ©! Du passĂ©, du prĂ©sent, je l’espĂšre du futur, il est dĂ©finitivement passĂ© pour ĂȘtre prĂ©sent dans mon futur.

La vie est un jeu de carte, Paris un casino, et il excellait beaucoup trop au Poker pour ne pas tout miser sur la fin. Si seulement, il avait juste pu bluffer, une derniĂšre fois. Putain.

Parfois une cage Ă©lectrisĂ©e anxiogĂšne, parfois un cocon dĂ©licieusement intimiste, notre appartement de la Place des Bons Enfants fut une expĂ©rience de confinement inĂ©dite et exceptionnelle. N’y a-t-il eu que nous d’assez fous pour louer un appartement le temps de notre courte histoire passionnelle, passionnĂ©e et passionnante? Un nid d’amour nĂ©cessaire pour se prĂ©parer au mieux Ă  affronter une crise sanitaire dont on ne subissait alors que les balbutiements paralysants. Une Ă©vidence, au milieu de ce monde Ă  l’arrĂȘt. Une pulsion, au milieu de mesures restrictives s’acharnant Ă  attacher nos ailes Ă  coups d’Éditions SpĂ©ciales alarmistes. Une victoire. S’il fallait un seul mot pour qualifier ce lieu, j’emploierais avant tout et surtout le mot victoire. Notre premiĂšre victoire !

Dans un premier temps, nous avons pris le dĂ©but du confinement comme une bonne occasion de s’octroyer des vacances Ă  domicile. On Ă©tait jeunes, crĂ©atifs, sans enfants, amoureux, plein de projets Ă  rĂȘver, ça allait passer crÚÚÚme. On s’Ă©tait mĂȘme moquĂ© gentiment de l’angoisse de sa mĂšre, hypnotisĂ©e et fidĂšle au poste devant le JT, tous les soirs. Je me souviens du jour oĂč j’ai entendu parler pour la premiĂšre fois du Coronavirus. C’Ă©tait au sortir d’une sĂ©ance de cinĂ© (« 1917″, Sam Mendes). Kvs, le nez sur son Ă©cran, s’Ă©tait esclaffĂ© « Y a les Chinois qui sont tous en train de se faire buter par un Coronavirus – C’est marrant comme nom, non? – Ca y est, la guerre bactĂ©riologique est enfin lancĂ©e, ça va faire du taf (Gnark, Gnark*) ! De tout façon, y en a trop des faces de citron ! (Il m’embrasse sur le front) Pas vrai, Lucky Cat**! 😉 » J’ai ri. Et mĂȘme pas jaune. J’ai ri de toutes mes incisives de rongeur, mes yeux indubitablement asiatiques plissĂ©s de rire – « comme des kikines de poupousse » selon l’expression belge consacrĂ©e – dĂ©jĂ  une larme au coin de l’Ɠil. Une larme de rire. Insouciante. Ignorante – ou feignant d’ignorer – l’Ă©pidĂ©mie mondiale Ă  venir. Ce confinement allait ĂȘtre drĂŽle. AĂŻe.

** »Lucky Cat « : Veinard depuis quelques jours au poker en ligne, il avait trouvĂ© drĂŽle de m’attribuer ce surnom affectueux.

// EN CHANTIER //

Certains jours, il nous arrivait d’errer comme deux Ăąmes en peine : Lui, victime de son immobilisme forcĂ©, Moi, impuissante face Ă  sa victimisation. Nous avons fait de notre mieux pour accorder harmonieusement nos blessures communes. Mais la rapiditĂ© ne cicatrise jamais bien. Quand j’y repense, elles s’aimaient assez pour cohabiter mais n’Ă©taient sous doute pas assez pansĂ©es pour soutenir ce rythme de premier confinement covidaire de 24h/24, 7j/7.

// EN CHANTIER //

🍭🍭🍭

Je te souhaite, Ma Suzanne, une merveilleuse journée,

La diva tuberculeuse.

🍭Une foule lucide et bienveillante

ChĂšre Suzanne,

Hier, les bars ont rĂ©ouverts. Ils se sont Ă©veillĂ©s de leur lĂ©thargie covidaire. Tout doucement, les terrasses se sont rĂ©veillĂ©es. Depuis une semaine, l’impatience Ă©tait palpable. Des tables se dressaient. Des chaises s’alignaient. MĂȘme le soleil Ă©tait venu assister au retour des Humains. Chacun a sa maniĂšre a profitĂ© de l’atmosphĂšre Ă©mancipĂ©e de ce jour bĂ©ni. J’en ai vu rire. J’en ai vu s’aimer. J’en ai vu se souvenir. J’en ai vu pleurer d’Ă©motions. J’en ai vu vomir leur amertume. J’ai vu beaucoup de bienveillance, Suzanne. On aurait dit que le mot d’ordre gĂ©nĂ©ral Ă©tait l’amour de la rencontre et de l’Ă©change. Je n’irais pas Ă  dire « l’amour du partage », j’aurais peur de me faire censurer đŸ˜· Mais, oui, j’en ai vu aussi : du partage.

Comme dans toute bonne soirĂ©e, vient quand mĂȘme le moment oĂč tout bascule. PerchĂ©e sur mon tabouret depuis le dĂ©but de l’aprĂšs-midi, Ă  l’ombre nocturne d’un auvent dans une ruelle Ă©troite du CarrĂ©, je savourais la moindre parole, le moindre bruit, la moindre odeur (et – crois-moi – dans le carrĂ©, elles peuvent ĂȘtre fameuses). Soudain, est-ce le vent qui fit se saoĂ»l-lever un coin de l’auvent en question? Mais le jour apparu. Et mon regard, cachĂ©e derriĂšre mes solaires, se rappela Son absence. Durant une fraction de seconde, – comme avant – je l’avais attendu et cherchĂ©, au milieu de la foule passante et bousculante. Et mon jour se voila de noir. La fĂȘte Ă©tait finie.

🍭🍭🍭

Je te souhaite, chĂšre Suzanne, un excellent dimanche,

La Diva Tuberculeuse.

🍭 Pete, l’AmĂ©ricain unijambiste

ChĂšre Suzanne,

Dans les aventures sentimentales de Gwen, Pete a une couleur particuliĂšre. Il Ă©tait militaire au Shape. Elle avait matchĂ© avec lui sur Tinder par – on ne sait toujours pas – quel miracle. Sans doute Ă©tait-ce le fruit des manƓuvres du jeune homme dans les contrĂ©es liĂ©geoises. Bah. En tout cas, cet US Boy (Jena Lee, pour les vrais) lui avait carrĂ©ment fait gentiment. Tu commences, Ă  la connaĂźtre Suzanne, il s’insĂ©rait parfaitement dans son imaginaire American Vintage, couleur dragĂ©e Ă©dulcorĂ©e. Gwen avait donc ajoutĂ© un clavier Qwerty Ă  son Samsung afin de pouvoir laisser s’exprimer plus librement dans ses Ă©changes Pearl Harboresque.

// EN CHANTIER //

Elle Ă©tait encore toute partie, touchante quand elle me narrait ses fantasmes avec les 50 Ă©toiles du famous « Stars and Stripes« . D’humeur taquine, connaissant son don de visualisation dĂ©bridĂ©, je lui ai un jour balancĂ© la maniĂšre dont j’imaginais son Pete : vĂ©tĂ©ran, unijambiste, bedonnant, clouĂ© dans son fauteuil, mariĂ© aux States, deux gosses, il s’ennuie Ă  la base et tuant son seul ennemi : l’ennui. J’ai vu la rĂ©alitĂ© la gifler. Les Ă©toiles s’envoler. Je crois que, ce jour-lĂ , je me suis jurĂ©e de ne plus jamais lancer d’Ɠufs pourris sur ses fantasmes.

Parfois, elle aimerait rĂ©installer Tinder juste pour voir s’il lui a renvoyĂ© un message. Vous en pensez quoi, docteur?

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Je te souhaite, ma Suzanne, une douce journée,

La Diva Tuberculeuse.

🍭 L’alchimie, ça existe.

ChĂšre Suzanne,

Une recette alchimique? ⚜

Ma p’tite Suzanne pense bien Ă  kiffer chaque moment comme si c’était le dernier. Et plus particuliĂšrement encore les moments qui te font du bien. Tu verras, ta vie ne sera qu’une succession de moments, toujours ressentis, parfois partagĂ©s, souvent Ă©courtĂ©s – mais le plaisir qu’ils t’amĂšneront dans l’éphĂ©mĂšre, l’irrĂ©versible et l’inattendu contribuera grandement Ă  Ă©picer ta vie.

Tu composeras ta recette du mieux possible Ă  la fois Ă  la quĂȘte des bons ingrĂ©dients et dans l’apprentissage du bon geste. Bon, car – ma p’tite Suzanne – la vie est trop courte pour se faire autre chose que du Mal. Par lĂ , je ne dis pas que tu ne souffriras pas, mais que tu t’efforceras de cicatriser en harmonie avec la personne formidable, l’ĂȘtre humain imparfait, l’individu magnifique d’unicitĂ© que tu es.

Tu devras tester de nombreux produits et associations de goĂ»ts pour crĂ©er ta recette selon tes besoins et, si possible, selon tes envies. Tu tomberas parfois sur des ingrĂ©dients Ă©cƓurants que tu parviendras Ă  temporiser avec la justesse d’un assaisonnement, la lourdeur de certains produits sera compensĂ©e par tes touches d’esprit acidulĂ©es. Certains seront avariĂ©s irrĂ©cupĂ©rables, d’autres avariĂ©s mais intensĂ©ment rĂ©cupĂ©rables. Je suis dĂ©solĂ© de te l’annoncer Suzanne mais tu devras constamment faire des choix – parfois tu te tromperas, mais tu feras toujours de ton mieux – et accepter d’écarter si besoin dĂ©finitivement certains ingrĂ©dients toxiques de ta liste (mĂȘme si, sur le moment, ils t’ont certainement offert un twist ou une couleur intĂ©ressant).

Pour finir ma Suzanne, je te dirais que l’alchimie existe, qu’elle est en chacun de nous ! Le nombre d’or est au fond de toi ma petite, et au fond de moi. Dans le cƓur de personnes malveillantes, dans la tĂȘte de personnes bienveillantes, il tient Ă  chacun de trouver la Force et la Foi de le rĂ©vĂ©ler ou non. Tu as aussi le droit de le garder juste tout au fond de toi ma Suzy, ce n’est pas grave. Un autre jour peut-ĂȘtre, qui sait. Je serai lĂ .

Je t’aime.

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Je te souhaite, ma Suzanne, une douce journée,

La Diva Tuberculeuse.