Étiquette : réveil difficile

🎀Le jean

Cher V.,

Le jean.

Ouais, j’sais bien que tu t’en tapes. Mais j’me demandais quand même comment te dire que ta remarque sur l’odeur de mes fringues hier soir m’a blessée gentiment. Je me suis sentie sale, fautive et coupable.

Et comment te dire que oui, je puais hier. Pas de ma transpiration. Pas de mon body. Mais de mon jean. C’est pour ça que je te l’ai donné en même temps à laver. Ce jean, c’est mon favori.

Comment te dire que depuis le mois d’octobre je peine à faire mon ménage, mon linge, à me laver au début et encore parfois maintenant, à me lever (sans KVS.)? Tu sais, pendant des mois, je suis restée 20h/24 allongée sur le canapé kaki de mon salon à contempler la fissure du plafond. Askip ça serait une maladie : la dépression.

Alors oui, V., je suis désolé, mon jean préféré puait. Car, encore maintenant, je ne parviens pas à m’occuper de mon linge. Je lave les sous-vêtements et quelques pantalons. Le reste, je le recycle. Je le réanime avec un peu de parfum. C’est le mieux que je puisse faire. Actuellement. Il n’en a pas toujours été ainsi. Ça reviendra forcément. Bientôt.

Comment te dire que moi aussi, je l’ai senti cet odeur croupie d’un vêtement mouillé ayant séché en boule parce que j’avais la flemme de le pendre? Je ne voulais pas assister à la pendaison d’un autre de mes favoris, tu comprends?

Je l’ai enfilé. Alors que je savais qu’il puait. Alors que je savais qu’il était chiffonné. Mais, en cette journée importante pour moi, j’ai cru que mon favori allait me porter chance. J’aurais vraiment du le laver. Mais je ne l’ai pas fait. Paralysée par la vision d’un jean pendu.

Je te souhaite, V., une agréable journée,

La Diva Tuberculeuse🎀

☕️ Cher Jour ,

Éjaculation précoce

Un matin, je me suis levée. J’avais le sentiment étrange d’être déchirée entre le mouvement qu’initiait mon corps et la paralysie qu’exprimait mon esprit. En allumant une cigarette, je contemplais la pointe du clocher dont la girouette était coincée entre deux pentes de toit aux formes radicalement différentes : L’une présentait une ligne d’escalier, ornementée et ardue. L’autre était droite et incisive, presque lisse. La verticalité du coq triomphant m’interrogeait quant à la possibilité d’un juste équilibre, oscillant entre deux voies nuancées. J’ai lancé un premier titre, comme d’habitude, pour donner un tempo à l’étrangeté du temps qui passe. L’infinité du fil des jours méritait bien une danse pour lui donner un sens.

Qu’il semble étrange, ce sentiment illusoire de stabilité dans la verticalité. Cette flèche, s’élevant vers le ciel, tranchait fièrement entre les deux fentes et semblait narguer l’instabilité de mon esprit. Je la percevais presque comme une injure à la beauté que j’avais toujours trouvé dans la nuance, la complexité, la cicatrice et, dans une certaine mesure, le chaos. Est-ce que cette fascination pour la violence et la mort a intimement influencé mon destin ? Et cette tendance intimement liée à mon être avait-elle réellement été un choix ?

Qu’il est ardu de déterminer le pouvoir du choix quand l’origine est d’emblée instable et, dans mon cas, inconnue. Je suis sensée être née de parents humains dans une mégapole à l’autre bout de l’hémisphère. J’aurais très bien pu être née sur Mars de parents lunaires. Je confère autant de véracité à l’une et l’autre affirmation. Je ne me souviens de rien. Dans l’absolu, tout un chacun pourrait interroger sa genèse. Mais la plupart des gens qui m’entouraient pouvait se référer empiriquement à certains traits physiques pour attester de leurs géniteurs et de leurs races. Je n’ai jamais pu rejoindre ces rangs et jouir paisiblement d’étiquettes bien collée dès la naissance. Même le moment de mon apparition sur cette terre est d’une incertitude crasse. De toute manière la complexité du langage numéraire a toujours été hors de ma portée. Dans un certain sens, cela doit me permettre de mettre des œillères à la logique même de l’existence.

Je vous souhaite, cher Jour, une agréable journée,

La Diva Tuberculeuse

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